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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Lxxxive Pseaume

BenedixistL, Domine, tstram, etc.

Racan· 78 vers

Seigneur, c’est doncques aujourd’huyQue par la fin d’un long ennuyNostre felicité commence,Et que, hors de captivité,Nous voyons combien ta clemenceSurpasse nostre iniquité.

Par tant de pechez pardonnez,Par tant de malheurs terminez,Par tant de guerres estouffées,Ne nous fais-tu pas assez voirLes merveilles et les trophéesDe ta grace et de ton pouvoir ?

Si l’on connoist par les effetsQue les ouvrages imparfaitsSont indignes de ta puissance,Toy qui nous tiras du neant,Ren-nous cette mesme innocenceOù tu nous mis en nous creant.

Change nos espines en fleurs ;Ne renouvelle point nos pleurs,Dont tes bontez ostent la cause ;Et que ta grandeur soit pour nousInfinie en toute autre chose,Hormis en ton juste courroux.

Adjouste la tranquilitéAu bonheur de la libertéQue ta grace vient de nous rendre ;Aprés nous avoir pardonné,Voudroit-elle encore reprendreLe bien qu’elle nous a donné ?

Mais à ce coup je m’apperçoyQue mon Dieu veut parler à moy ;Dans mon cœur ses graces s’épandent,Elles confondent ma raison ;Ses discours muets ne s’entendentQu’au silence de l’oraison.

C’est par de semblables appasQu’il detache avant le trespasSes saints des passions humaines,Qu’il est la fin de leurs desirs,Qu’il fait de nos plaisirs leurs peines,Et de nos peines leurs plaisirs.

Quand il ne les visite pas,Les contentemens d’ici basNe sont pour eux que des supplices ;Rien ne soulage leur ennuy ;’Ils languissent dans les delices,Et n’en goustent qu’avecque luy.

Sion est maintenant le lieuOù la grace de ce vray DieuEst plus frequente et plus feconde ;C’est où les cœurs devotieuxPeuvent par les honneurs du mondeS’eslever à celuy des cieux.

Son éternelle veritéNous assure que sa bontéLa cherit aveque tendresse,Et que la justice et la paixD’un baiser scellent la promesseDe ne s’en separer jamais.

La seule et veritable foy,Sous les auspices de son roy,Eclairera toute la terre,Avant que, du plus haut des airs,Dieu prononce, armé du tonnerre,L’arrest de mort de l’univers.

Les elemens et les saisonsCombleront sans fin nos maisonsDes biens que sa grace nous donne ;La mer sera calme en tout temps,La terre riche de l’automne,Et l’air parfumé du printemps.

Il continuera sa bontéJusqu’à ce jour dont la clartéS’augmente et se perd dans les flames,Quand sa justice en un momentfendra departir à nos amesLe salaire et le chastiment.

78 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources