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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Lxxxve Pseaume

Inclina, Domine, aurem tuam, etc.

Racan· 60 vers

Puisque nous ne pouvons que par la seule foyNous élever à toy,A nos plaintes, Seigneur, incline tes oreilles ;Permets queta splendeur soit visible à nos yeux,Et dépars à la terre un rayon des merveillesQui te parent aux cieux.

Inspire dans mon cœur de genereux desseins ;Fay qu’avecque les saintsIl admire l’éclat de ta magnificence,Qu’il t’invoque la nuit, qu’il t’invoque le jour,Et qu’au pied de ton thrône il puisse, en ta présence,Brûler de ton amour.

O toy qui ne nous vois que d’un œil de pitié,Toy de qui l’amitiéFait que de ton courroux la rigueur se tempere,Ne me condamne point en ta severité,Enten plûtost les cris d’une ame qui n’espereQu’en ta seule bonté.

En mes afflictions à toy seul j’ay recours,Comme au seul qui toûjoursRend ta misericorde à mes desirs propice ;Toy seul est le vray Dieu qui peut nous secourir,Et dont la seule grace ou la seule justiceNous fait vivre et mourir.

Toutes les nations soumises à tes loix,O Monarque des rois !Viendront sous ton support assurer leur refuge ;Et toutes, de ta gloire admirant la hauteur,Te reconnoistront seul pour leur Dieu, pour leur juge,Et pour leur protecteur.

Pren soin de me conduire en un port assuré,Où je sois éclairéDu flambeau de la foy le reste de ma vie ;Reçoy moy dans la nef dont tu tiens le timon,Et que mon ame y soit incessamment ravieDes grandeurs de ton nom.

Afin de celebrer tes faits plus hautement,Jusques au firmamentJ’éleveray ma voix avecque mes victimes,Et publiray partout que ton humanitéM’a retiré du gouffre où l’horreur de mes crimesM’avoit precipité.

Lors que ces obstinez, lors que ces furieux,D’un cœur imperieuxArmeront contre moy la revolte et l’audace,N’as-tu pas des cachots aux hommes inconnus,Où tu peux renfermer par ta seule menaceLes vents qu’ils ont émeus ?

N’est-on pas assuré que ce que tu prometsNe nous manque jamais,Que ta misericorde égale ta puissance,Et de voir ces mutins sous les pieds déconfitsD’un roy que ton Epouse a fait dés sa naissanceTon esclave et ton fils ?

Fay voir que par ton bras mon thrône est affermi,Afin que l’ennemiPar l’effroy de ton nom me cede la victoire,Et témoigne, ô grand Dieu ! que ta protectionSait par tout maintenir la justice et la gloireDes armes de Sion.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources