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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Viie Pseaume

Domine Deus meus.

Racan· 90 vers

En toy seul est mon esperance,O grand Dieu, le support des tiens !J’attens de toy la delivranceDe tes ennemis et des miens ;Pasteur du troupeau des fidelles,Voy les bataillons des rebellesD’envie et de haine animez,Qui d’une brutale furieComme des lions affamezS’acharnent sur ta bergerie.

Si je suis convaincu du viceQue ces mechans m’ont imputé,Si jamais d’aucun artificeJ’ay deguisé la verité,Si mon esprit et mon courageSe ressentent de cet outragePar leur ruine ou par leur sang,Que ces malicieuses amesMe puissent mettre au mesme rangDes personnes les plus infames.

Que si l’artifice et l’envieDont ils traversent mon bonheurNe se contentent de ma vie,Qu’ils m’ostent encore l’honneur,Et que, las de l’obeissance,Ils foulent aux pieds ma puissanceQui regne souverainement,Et qu’enfin leur malice noireMette d’un coup au monumentMes os, mon sceptre et ma memoire.

Leve toy, reçoy nos victimes,Assiste tes bons serviteurs,Et de tes courroux legitimesPuny ces lasches imposteurs :Tu feras aux deux bouts du mondeAdmirer ta bonté profondeEt la justice de tes loix,Quand, au crime dont on m’accuse,Tu me sauveras à la foisDe leur fureur et de leur ruse.

Fay toy craindre à toute la terre,Remonte dans ton tribunal,Et d’une voix comme un tonnerreSois juge du bien et du mal ;Sauve et confond par ta justiceMon innocence et leur malice ;Finy ma peine et leurs rigueurs,Toy qui peux avec connoissanceJuger au profond de nos cœursTous nos desseins dès leur naissance.

Puis-je ailleurs chercher mon refuge,Et le support de mes Etats,Qu’au seul Dieu protecteur et jugeDes legitimes potentats ?C’est luy qui d’un seul coup de foudreMettra le mesme monde en poudreDont il doit estre le sauveur,Et qui, pitoyable et severe,Ne nous sauve point par faveur,Ne nous damne point par colere.

Mais quand les ames égaréesDans la nuit de l’impietéNe veulent point estre éclairéesDu soleil de la verité,Les armes qu’il tient toûjours prestes,Les traits flambans de ses tempestesExtermineront leur erreur,Et les palais et les cabanesVerront la mort et la terreurVoler sur leurs testes profanes.

D’une tristesse inconsolableL’on voit leur esprit abatu,Lors que la fortune équitableA fait tréve avec la vertu :D’eux-mesmes ils ont fait écloreLe vipere qui les devoreEt qui les ronge incessamment,Et leur haine mal-aviséePreparera leur monumentDans la fosse qu’ils m’ont creusée.

Alors je n’employerai mes veilles,Dans le transport de mon bonheur,Qu’au seul recit de tes merveilles,Dont je tiens la vie et l’honneur.Inspiré de tes saintes flâmes,J’imiteray ces belles amesDont ta gloire est le seul objet,Et tes veritez confesséesA la grandeur de mon sujetFeront élever mes pensées.

90 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources