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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le vie Pseaume

Domine, ne in furore.

Racan· 56 vers

Seul arbitre de tout, qui seul me peux reprendre,Ne me vien point juger en ta severité ;Je say quelle est ma faute, et ne m’en puis defendreQue devant ta bonté.

Mon juste repentir, qui toûjours me talonne,Le jour trouble ma joye, et la nuit mon repos,Et l’horreur des tourmens me transit et m’estonneJusques dedans les os.

Permets que ta bonté, qui jamais ne se lasseD’assister tes enfans en leur adversité,Rasseure mon esprit, et me rende ta graceAvecque ma santé.

Pressé d’une douleur qui n’a point de pareille,Mon courage accablé succombe sous le faix ;Seigneur, jusques à quand fermeras-tu l’oreilleAux plaintes que je fais ?

Ne m’abandonne point pour l’horreur démon crime,Pren pitié des ennuis dont je suis tourmenté,Non tant pour me sauver que pour sauver l’estimeQu’on fait de ta bonté.

Combien qu’en cette vie elle soit toûjours telle,Soit pour les reprouvez, ou soit pour les esleus,Ceux qui seront jugez à la mort éternelleNe s’en souviendront plus.

Des biens que leur ont fait tes tendresses suprêmesIls perdront la memoire en l’horreur des tourmens,Et dans leur desespoir n’auront que des blasphèmesPour des remercimens.

En vain cette bonté qu’à mon aide j’imploreM’a fait dès le berceau tes graces eprouver ;Elles seroient sans fruit, si je n’avois encoreCelle de me sauver.

Aprés tant de regrets, de troubles et d’alarmes,Si d’un juste remors tu peux estre touché,Voy comme toute nuit je me baigne de larmesEn pleurant mon peché.

Mes yeux esteints ont part à mes justes supplices,Ainsi qu’ils ont eu part à mes sales desirs,Et mon lit, autrefois le lieu de mes delices,L’est de mes deplaisirs.

Pour combler de malheurs ma vieillesse affligée,L’audace des mechans me veut faire la loy,Et pense que jamais leur envie enragéeNe mourra qu’avec moy.

Mais, Seigneur, ta bonté, qui me rend l’assurance,De tous leurs vains complots me met hors de souci :Je connois que mes pleurs par leur perseveranceOnt ton cœur adouci.

Mes vœux sont exaucez, mes fautes sont remises,Ces infames auteurs de la divisionNe verront reussir leurs folles entreprisesQu’à leur confusion.

Loin donc, foibles mutins, dont l’aveugle manieNe se plaist qu’à troubler mon repos en tout lieu !J’espere voir plustost vostre haine finieQue l’amour de mon Dieu.

56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources