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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xcvie Pseaume

Dominus regnavit, etc.

Racan· 54 vers

Tout l’univers enfin revere la puissanceQui, dans les justes loix d’un siecle d’innocence,Rend les peuples heureux et les esprits contens ;Ceux mesmes que la mer a separez du mondeRendent grace à celuy qui depuis si long-tempsAssure leur repos dans le milieu de l’onde.

Il ne reviendra plus qu’armé de son tonnerre,Qui, dans le chastiment des crimes de la terre,Fera voir aux humains son pouvoir sans pareil ;Lors qu’il prononcera sa sentence derniereUn nuage d’argent plus clair que le soleilServira seulement de voile à sa lumiere.

Quelle ame de rocher ne doit estre estonnéeDe voir de toutes parts la terre environnéeDe supplices vengeurs de nos iniquitez,Lorsque Dieu, separant ces flâmes éternelles,Aux siens departira ses plus pures clartez,Et ces feux sans lumiere aux ames criminelles ?

Alors sur l’horison les cieux impitoyablesN’allumeront le jour que d’éclairs effroyables ;L’air ne sera peuplé que de foudres siflans ;Comme cire on verra se fondre les montagnes,Et l’or, que l’avarice arrachoit de leurs flancs,En torrens precieux rouler dans les campagnes.

Le soleil obscurci, les sanglantes planetes,Les crins estincelans des sinistres cometes,Seront les messagers de cet embrasement ;Un effroy general regnera dans nostre ame,Quand le monde verra que dans le firmamentSa sentence de mort est en lettres de flâme.

Ces ouvrages où l’art, imitant la nature,Pretendoit nous donner par leur docte impostureLe bienheureux aspect de tous les immortels,Verront finir l’erreur où leur abus nous plonge ;Le vray Dieu détruira ces tyrans des autelsLorsque sa verité confondra leur mensonge.

Esprits qui possedez ces visibles merveilles,Vous qui les esperez par vos soins et vos veilles,Admirez tous celuy par qui tout est domté ;Loüez-le dans la paix, priez-le dans la guerre,Et faites qu’à l’envi sa gloire et sa bontéRemplissent les concerts du ciel et de la terre.

Ces faux dieux, par l’éclat de leur magnificence,Taschoient en vain, Seigneur, d’égaler ta puissanceQui fait sur leur ruine establir nostre foy ;Nous devons à jamais admirer ta justice,Et, pour nous conformer entierement à toy,Imiter ton exemple en la haine du vice.

Si quelquefois l’envie et l’injuste licenceTroublent dans nos esprits la paix et l’innocence,Ta bonté paternelle est leur protection ;Et ceux qui sont touchez des graces qu’elle envoye,Dans les plus noires nuits de leur affliction,Y trouveront toûjours la lumiere et la joye.

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources