Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xcve Pseaume
Cantate Domino canticum novum, etc.
Beaux esprits dont le nom sur l’aisle de vos versFait, comme le soleil, le tour de l’univers,Qui ravissez les cœurs par vos doctes merveilles,Quand il faut du Seigneur reciter les bontez,Faites qu’en vos écrits les yeux et les oreillesY remarquent sans fin de nouvelles beautez.
Racontez dans la terre, en toute sa rondeur,Du Dieu que nous servons l’éternelle splendeur,Qui fera des faux dieux le neant disparoistre,Lorsqu’il viendra bannir ces fameux imposteursQui tiennent leurs autels, leur pouvoir et leur estreDe la simplicité de leurs adorateurs.
Ces ennemis du jour et de la veritéNe peuvent concevoir qu’avec obscuritéLes choses à venir de tout temps ordonnées ;L’Artisan qui rangea les astres dans les cieuxA dans leur influence écrit nos destinées,En lettres de lumiere invisible à leurs yeux.
Il regle du soleil et l’un et l’autre cours,La gloire et la splendeur l’accompagnent toûjours,Et sont les ornemens de sa divine essence.Esprits qui de son thrône admirez la hauteur,Confessez, en voyant tant de magnificence,Qu’autre que le vray Dieu n’en peut estre l’auteur.
Vous qui, vous separant du commun des mortels,Vous estes consacrez à servir les autels,Qui dans l’amour du Ciel élevez vos pensées,Presentez desormais à sa DivinitéLes victimes qu’offroient vos ames insenséesA ces usurpateurs de son autorité.
Craignez et reverez son supréme pouvoir,Que par la seule foy vous pouvez concevoir ;Ses decrets éternels nous sont inévitables ;Il est le seul ouvrier des ouvrages parfaits ;Son regne est permanent, et ses loix équitablesRaffermissent par tout la justice et la paix.
Quand sa gloire là haut étale ses appas,Les astres comme fleurs naissent dessous ses pas ;Sa puissance est de mesme en merveilles feconde ;Et, lors que sa bonté nous daigne visiter,Nous voyons ici bas sur la terre et sur l’ondeLes montagnes mouvoir et les flots s’arrester.
Desja ces bois épais, où dans leur noir sejourLes yeux sont ignorans de la source du jour,Sont percez des rayons que sa lumiere envoye,Et leurs troncs les plus secs sont veus hors de saisonReverdir et fleurir, pour témoigner la joyeQu’ils ont de le revoir monter sur l’horison.
De dessus le soleil, où ses superbes mainsEleverent son thrône invisible aux humains,La terre entend tonner sa justice supréme,Et l’effet des decrets dans les astres gravezLuy fait voir que sa voix est la verite mesme,Autant pour les eleus que pour les reprouvez.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources