Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xive Pseaume
Domine, quis habitabit, etc.
O Dieu de qui l’amour nous retient sans contrainte,Qui sera le mortel qui dans l’éternitéJouira du repos de ta demeure sainte,Où la gloire est égale à la tranquillité ?
C’est celuy que jamais aucun vice ne touche,Qui se rend de luy-mesme et du monde vainqueur,De qui la verité toûjours est dans la bouche,Et de qui l’innocence est toûjours dans le cœur.
Celuy dont le pouvoir regne sans tyrannie,Qui n’approche de soy que les humbles esprits,Et qui loin de sa cour bannit la calomnie,Qui de tes saintes loix parle avecque mépris.
Celuy qui rend ses mœurs exemptes de censure,Celuy dont la candeur tient ce qu’il a promis,Qui sert sans interest et ne prend point d’usureDu secours qu’au besoin il preste à ses amis.
Celuy seul des humains en la celeste vieSe rendra de tes biens le digne moissonneur ;Et la Mort, l’Interest, la Fortune et l’EnvieN’auront jamais pouvoir de troubler son bonheur.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources