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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xlive Pseaume

Eructavit cor meum, etc.

Racan· 120 vers

Ce grand Artisan des merveilles,Jesus, mon Sauveur et mon Roy,Fait que je produis en mes veillesDes vers qui ne sont point de moy ;Plus vite qu’un torrent ne roule,Il sort de mon esprit, en foule,Des pensers plus divins qu’humains ;Et ma voix, dictant ces mysteres,Fournit les plumes et les mainsDes plus diligens secretaires.

Beauté qui jamais ne s’efface,Feu dont les anges sont épris,Que les doux attraits de ta graceOnt de pouvoir sur nos esprits !Que ta parole est delectable,Que ton épée est redoutable,O digne vainqueur des vainqueurs !Et que d’une douce contrainteTu sais imprimer dans les cœursL’amour, la raison et la crainte !

Si ta valeur et ta puissanceSont l’effroy des scadrons épais,Ta pompe et ta magnificenceSont les delices de la paix.Poursuy doncques ton entreprise,Le bonheur toûjours favoriseLes desseins de ta Majesté.La verité qu’on nous enseigne,Ta clemence et ton équitéA l’envy maintiennent ton regne.

Si ta clemence nous inspireL’obeissance et le devoir,Si les justes traits de ton ireNous font redouter ton pouvoir ;Les cœurs les plus impenetrables,Percez de coups inévitables,Reconnoistront tes justes loix,Et qu’en vain on resiste aux charmesDe tes beautez et de ta voix,Pour estre vaincu par tes armes.

Grand Roy, grand ennemi du vice,Ton regne n’est point limité ;Son fondement est la justice,Sa durée est l’éternité.Dieu te fait part de sa puissance ;Il t’a sacré des ta naissanceDe ses plus pures onctions,Et tu n es point, comme nous sommes,Sujet aux imperfectionsDont la terre souille les hommes.

Cette Vierge en qui l’on admireDes vertus sans nombre et sans prix,Qui passent l’odeur de la mirrhe,De l’encens et de l’ambre gris ;Ce beau chef-d’œuvre de la gloire,De qui la blancheur de l’ivoireN’égale point la pureté,En sa couche chaste et fecondeT’a vestu de l’humanitéDont tu te couvres dans le monde.

Des filles des plus grands monarquesLes cœurs percez de mille traitsPorteront à jamais les marquesDes triomphes de tes attraits.Et, parmi la pompe et la joye,Est brillante d’or et de soyeLa Reine assise à ton costé,Celle dont la magnificence,La modestie et la beautéTémoignent la haute naissance.

O Fille dignement placée !Ton espoux avecque raisonDoit effacer de ta penséeLa memoire de ta maison.Ne songe donc plus aux caressesDont tes parens, dans leurs tendresses,T’entretenoient avant ce jour ;Que jamais il ne t’en souvienne ;A Dieu seul donne ton amourAfin qu’il te donne la sienne.

Les dames de tout son empireFeront leurs presens à la foisA la seule que l’on peut direFille et mere du Roy des rois ;Les plus illustres de naissanceSe soûmettront à ta puissance,Comme font les moindres de nous ;Et ta gloire, par tout semée,Par la grandeur de ton EspouxAugmentera ta renommée.

Tu verras des beautez l’élite,Tous les jours, au palais du Roy,Pour donner lustre à ton merite,Tenir le cercle avecque toy.Ces beaux ouvrages de nature,De qui l’ame innocente et pureN’a que la vertu pour conseil,Te reconnoissant la premiere,Viendront comme de leur soleilEmprunter de toy la lumiere.

Pour ces peres qui t’ont fait naistreDans l’esclavage et dans l’exil,Et qui ne t’avoient fait connoistreQu’aux bords du Jourdain et du Nil,Tu vois déjà dans les oraclesTes enfans de qui les miraclesCombattent l’incredulité,Et qui sans armes ni sans guerreEstendent ton autoritéSur tous les sceptres de la terre.

La fureur des vents et des ondesN’empesche point leurs saints projets :Ils vont dans tous les nouveaux mondesTe faire de nouveaux sujets.Les conquestes de leur parolePassent de l’un à l’autre pole,Rien n’en peut arrester le cours ;Et ce jour de flâme et de gloireQui finit tous les autres joursN’en finira point la memoire.

120 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources