Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xlvie Pseaume
Omnes gentes, etc.
Que par la plume et par la voix des hommesDu temps futur et du temps où nous sommesL’on die en l’univers, de l’un à l’autre bout,Que le seul Dieu qu’adorent les fidellesEst seul ouvrier des œuvres éternelles,Seul createur, seul juge, et seul maistre de tout.
Pour témoigner par quelque marque augusteL’affection aussi forte que justeDont il cherit Jacob et sa posterité,Ce Dieu les fait triompher dans la guerre,Et de son thrône il leur inspire en terreLes visibles rayons de sa divinité.
Comme un vainqueur aprés une défaiteN’entre-t-il pas au son de la trompetteDans Sion, où sa gloire a choisi son sejour ?Et ce grand peuple, au-dessous des portiques,Par les accords de ses sacrez cantiquesLuy témoigne-t-il pas sa joye et son amour ?
C’est le seul Roy des astres et des anges,C’est le seul Roy digne de nos louanges,Le seul qui voit le jour nous luire sous ses pasEt le seul Roy qui sur la terre et l’onde,Dans la rondeur qui limite le monde,A soumis à ses loix tous les rois d’icy bas.
Si pour un temps l’aveuglement des princesAdore encor en diverses provincesCes dieux d’or et d’argent forgez par les mortels,Le Tout-Puissant verra dans peu d’annéesHumilier les testes couronnéesDu Tibre et de la Seine au pied de ses autels.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources