Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xlviie Pseaume
Magnus Dominas, etc.
Il n’est rien de si grand que le Dieu des batailles,Rien de si fort que nos murailles,Quand il en prend la garde et la protection ;Rien n’est plus éclatant que sa magnificence,Lorsque la paix et l’innocenceTriomphent avec luy sur le mont de Sion.
Bien que les vents du Nort de leurs froides haleinesBattent incessamment nos plaines,Nos parcs et nos jardins les plus délicieux,Dieu leur fait respecter leur fleur et leur verdure,Et rend utile leur froidureA purger des estez le chaud contagieux.
En vain nos ennemis ont battu nos courtinesDe leurs redoutables machinesEt bordé nos dehors de picques et d’écus,Nos remparts sont debout, nos maisons sont tranquilles,N’ont comblé nos fossez que des corps des vaincus.Et leurs attaques inutiles
Dans les mêmes regrets qu’ont les femmes enceintesQui dans les travaux et les craintesPerdent ce que neuf mois dans leurs flancs ont produit,Ils virent avorter les complots temerairesDe leurs cœurs vains et sanguinaires,Et leur conception n’enfanter aucun fruit.
Comme aux mers de Tarsis les barques vagabondesErrent à la mercy des ondes,Ainsi s’écartent ceux qui nous ont oppressez ;Du sommet de nos tours nous voyons ces rebellesFuir les lances des fidellesEt rentrer triomphans ceux qui les ont chassez.
Nostre ville sera d’éternelle durée :Seigneur, tu l’en as assurée ;Tu veux avecque nous partager tes lauriers ;Déja tout l’univers est rempli de ta gloire,Et la renommée et l’histoireS’accordent au recit de tes actes guerriers.
Innocentes beautez, qui parmi tant d’alarmesArrousiez vostre teint de larmes,Rendez à vos attraits leur aimable fierté,Et reverez sans fin sa grace et sa puissance,Qui de la brutale licenceConserve vostre honneur et vostre liberté.
Et vous qui contempliez de dessus nos montagnesCes tentes qui dans nos campagnesEgaloient leur hauteur à celle de nos tours,Admirez nostre gloire et leur perte funeste,Voyant leur deplorable resteServir dans nos fossez de pasture aux vautours.
Voyez comme à l’entour de nos fortes muraillesCes corps privez de funeraillesSont justement punis de leur temerité,Contemplez nos palais, dont les superbes faistesS’affermissent dans les tempestes,Et dont les fondemens sont pour l’éternité.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources