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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xvie Pseaume

Exaudi, Domine, justitiam meam, etc.

Racan· 60 vers

O mon pere ! ô mon Dieu ! ne rejette en arriereMon ardente priere ;Détourne le malheur qui me suit pas à pas.Si ma bouche n’est pure autant que veritable,Si je demande rien qui ne soit équitable,Ne me l’accorde pas.

Ta grace peut juger dans le fond de mon ameSi jamais d’aucun blasmeJ’ay noirci la blancheur qu’elle conserve en moy,Et connoist si je puis jusqu’à la sepultureFaire parmi les fers, les feux et la torture,La preuve de ma foy.

Tu sais que j’ay toûjours banni des compagniesLes noires calomniesQui déchirent l’honneur comme glaives tranchans,Et sais si ma raison s’est jamais dispenséeDe suivre et d’approuver d’effet et de penséeLe conseil des méchans.

Fay qu’à tes saintes loix mon ame obeissanteNe prenne et ne ressenteDe clarté ni d’ardeur que de tes plus saints feux ;Afin que franc d’erreur, de crime et d’artifice,Je merite ta grace et qu’avecque justiceElle exauce mes vœux.

Donc, encore une fois, que la misericordeQue ta clemence accordeFace voir pour les tiens ton absolu pouvoir ;Donc, encore une fois, ta justice et ta forceFacent que ces mutins, auteurs de ce divorce,Rentrent dans leur devoir.

Quand les vents furieux agitent les tempestes,Rien ne luit sur nos testesQue de frequens éclairs qui nous percent les yeux ;Et comme la paupiere en défend la prunelle,Ne me défens-tu pas à l’abry de ton aisleDe ces seditieux ?

Dans leurs prosperitez se nourrit l’insolence,De qui la violenceAttaque impunément la juste autorité ;Leur fureur me poursuit, leur nombre m’environne,Et leur ambition veut avec ma couronneM’oster la liberté.

Les petits lionceaux, acharnez par leurs peres,Dans leurs affreux repairesEn déchirant leur proye ont moins de cruauté,Que n’a pour déchirer les loixet la province,Et fouler sous ses pieds l’autorité du PrinceUn peuple revolté.

Leve-toy donc, Seigneur, et confond la maliceDe leur lasche avarice,Qui commet contre nous tant d’actes inhumains :Puisqu’on n’en peut avoir ni de paix ni de tréve,Que ta justice s’arme et reprenne le glaive,Pour l’oster de leurs mains.

Ils flattent leur espoir de voir dans leur familleL’éclat dont elle brilleA leurs derniers neveux passer de temps en temps ;Mais pour moy, qui renonce aux richesses mortelles,Les thresors que là haut tu dépars aux fidellesSont les seuls que j’attens.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources