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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xviie Pseaume

Diligam te, Domine, etc.

Racan· 210 vers

O Dieu qui rend mon bras le foudre de la guerre,Ma splendeur dans la paix, l’ornement de la Cour,Et qui te rens toy-mesme, au ciel et dans la terre,Le seul et le plus digne objet de mon amour,Qui jamais ne me dénieDe ta clemence infinieL’assistance et le support,Et, rassurant mon courage,Dans ces mers grosses d’oragesMe sers de phare et de nort,

Dans le débordement d’une injuste licence,Lors qu’elle m’opprimoit avec tant de rigueur,J’eus toûjours mon recours à sa toute-puissance,Et par elle toûjours je demeuray vainqueur.Déja ma mort estoit preste,Tout le ciel, noir de tempeste,Ne luisoit que des éclairs,Et pour avancer ma perteLa terre estoit entr’ouverteJusqu’aux gouffres des enfers.

Je redouble mes vœux, j’augmente mes offrandes,Et mes feux des autels jusqu’au ciel élancezFont voir que ses bontez, aussi promtes que grandes,Ont écouté mes vœux et les ont exaucez.Quand il s’arme du tonnerreContre l’orgueil de la terre,Son courroux est vehement ;Il tonne, il éclatte, il gronde,Il étonne tout le mondeJusques dans son fondement.

Les longs torrens de feu que pousse son haleineBrûlent tout, et par tout vont leurs flots débordans ;Sous leur cours enflammé ne reste au lieu d’areineQu’une grosse fumée et des charbons ardans.Le ciel sous ses pieds s’abaisse,Et dans une nuè épaisse,De qui les vents sont aislez,Descend le soleil des ames,Qui permet que de ses flamesLes Cherubins soient brûlez.

Il paroist au milieu d’une noire tempeste,De qui de toutes parts sortent des tourbillons ;Les nuages d’argent qui luy couvroient la testeSur son trosne d’azur servoient de pavillons ;Mais l’aspect de son visageChange en bonace l’orage ;Le brouillard est écarté ;Le Seigneur luit de son lustre,Et pour dais ni pour balustreN’a que sa propre clarté.

Que si la majesté qui paroist dans sa faceRetient dans le respect des ames par les yeux,Il veut qu’à la terreur de la seule menaceTremblent également l’eau, la terre et les cieux.Par son bras armé du foudreLes ennemis sont en poudre,Leurs grands desseins sont à bas ;Et les liames et la gresleOnt renversé pesle-mesleCapitaines et soldats.

Sa voix comme un tonnerre effroya tout le monde,La mer en fut émeuë, et les flots entrouversDécouvrirent à nud dans le fond de son ondeLe large fondement de ce vaste univers.Alors ses mains favorables,Le support des miserables,Me sauverent du danger,Et des armes, dont la rage,Comme les flots d’un orage,Venoit pour me submerger.

Il sauva mon Estat de ceux dont l’arroganceMéprisa le conseil de revenir à soy,Et dont l’inimitié mesuroit sa vengeanceAu pouvoir qu’ils avoient de se venger de moy.Ce peuple brutal et rudeVouloit dans la servitudeMe boureler nuit et jour ;Mais Dieu, touché de mes gesnes,Ne me donna d’autres chaisnesQue celles de son amour.

Celuy qui des humains est le souverain juge,Et qui de nos pensers est l’unique témoin,Est du foible innocent l’espoir et le refuge,Et celuy qui jamais ne luy manque au besoin.Il reconnut ma franchise,Et que mon ame soumiseAu respect que je luy dois,Ne s’estoit point dispenséeD’avoir jamais de penséeContraire à ses saintes loix.

Je pourrois repousser par sa bonté suprêmeCeux dont l’inimitié n’a jamais eu de bout.Mais je veux par mes soins me garder de moy-mesmeComme d’un ennemi qui me poursuit par tout.L’esprit de l’homme qui penseSe cacher de sa presenceSe peine inutilement ;A sa divine justiceLa vertu comme le viceEst connue également.

A l’exemple d’un Dieu tout bon, tout équitable,Dois-je pas à jamais maintenir l’équité ?Autant que son église est pure et veritableJe veux d’une ame pure aimer la verité ;Et de ces peuples rebellesQui dans l’Estat des fidellesOnt tant de feux attisez ;Je veux d’un cœur de vengeanceRendre à leur maudite engeanceLes maux qu’ils nous ont causez.

C’est par là qu’assisté de sa toute-puissanceJe purgeray Sion des esprits factieux,Et de ce mesme bras qui soûtient l’innocenceJ’abaisseray l’orgueil des fronts audacieuxC’est par ce Dieu des bataillesQue leurs camps et leurs muraillesSont traversez à la fois ;C’est par luy dans la victoireQu’on voit eclatter la gloireDe mes penibles exploits.

Par ces cœurs que la foy couronne du martyrePour triompher au ciel du monde et des enfers,Les decrets dont il fit establir son empireSeront verifiez dans les feux et les fers ;C’est le seul dont la puissanceEst l’appuy de l’innocence ;C’est le seul des immortels,Le seul qui tient le tonnerre,Et le seul à qui la terreDoit eriger des autels.

Je veux suivre la voye et celebrer sans cesseLe celeste pouvoir de ce Dieu que je sers ;Il me donne à la fois la force et la vitesseDes ours, des elephans, des chevreuils et des cerfsIl fait que ma main armée,A la guerre accoûtumée,Tourne et dompte le coursier,Fait trancher le cimeterre,Et comme foudres desserreLes traits de mon arc d’acier.

L’espoir de mon salut est dessous ses auspices,Mon sceptre et ma raison sont à ses loix soumis,Et de la mesme main dont il punit les vicesIl défend mon Estat contre mes ennemis :Leurs troupes sont dissipées,De rondaches et d’épéesIls ont pavé nos sillons ;Et le secours qu’il m’envoyePar le fer m’ouvre la voyeA travers leurs bataillons.

Je combats de pied ferme, et leur troupe reduite,Par l’invincible effort de mes braves guerriers,A ne plus esperer de salut qu’en la fuite,Couvre leur front de honte et le mien de lauriers.A bas auteurs de nos larmes,Qui voulûtes à mes armesVos courages éprouver !De vostre cheute fataleSi juste et si generaleRien ne vous peut relever.

Tu me donnes, grand Dieu, la force et le couragePour terrasser tous ceux qui s’adressent à moy,Tu mets dans les combats la gloire en mon partage,Et ne laisses pour eux que la mort et l’effroy.Au conflit qu’on leur prepareTout le monde se separeDe leur sinistre amitié ;Chacun se rit de leurs craintes,Et toy-mesme es à leurs plaintesSans oreille et sans pitié.

Si l’on veut dans leur camp creuser leur cemetiere,La terre les reçoit avecque tant d’horreur,Qu’elle les abandonne, et leur lasche poussiereSemble encore en fuyant craindre nostre fureur ;Leur sang détrempant les sablesRend les os méconnoissablesDe ces geans à l’envers,Et leur chair en ce meslangeNe laisse que de la fangePour le partage des vers.

Aprés qu’à mes besoins tes bontez toûjours prestesOnt remis sous mes loix mes sujets revoltez,Tu benis mes desseins, tu benis mes conquestes,Tu fais que mon Estat s’accroist de tous costez ;Et la terreur impriméePar la seule renomméeDe mes actes triomphansA fait que l’obeissanceOù les range ma puissancePasse jusqu’à mes enfans.

Vivent donc ces grandeurs aussi justes que saintes,Qui relevent mon throsne au milieu des dangers,Par qui les factions sont à jamais esteintesAu dedans de l’Estat et chez les estrangers !Ces revoltes étoufféesSous tant d’illustres troféesDétrompent la vanitéDe ceux dont l’espoir minuteDe relever par ma cheuteLeur injuste autorité.

Après tant de faveurs, après tant de victoires,Qui rendront l’avenir de ce siecle jaloux,Nos écrits de tes faits rempliront les histoires,Et nos voix de ton nom la terre en ses deux bouts ;Dans cet âge de délicesOù David sous tes auspicesPrit le sceptre de Sion,Je publiray l’innocenceLe progrez et la naissance,De sa sainte ambition.

210 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources