Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xxixe Pseaume
Exaltabo te, Domine, etc.
J’exalterai partout la gloire du Seigneur,Qui sauve mon Estat, ma vie et mon honneur,Et qui dans son asyle assure ma retraite ;Ce Dieu ne permet pas que le victorieuxTriomphe insolemment, et raille ma deffaiteD’un ris injurieux.
Ta clémence, ô grand Dieu, reçoit mon oraison ;Ta clemence, ô grand Dieu ! me rend la guérison,Et purge mon Estat d’infamie et de blâme ;L’enfer, qui contre moy fit ses derniers efforts,Ne se vantera pas de posseder mon ame,Ni la terre mon corps.
Celebrez la grandeur de son nom glorieux,Vous qui devez jouir dans la gloire des cieuxDes honneurs preparez par ses bontez propices ;Mesme dans la rigueur de son juste courrouxNe témoigne-t-il pas, en corrigeant nos vices,Le soin qu’il a de nous ?
Tant de frequens effets de son affectionAssurent nostre vie en sa protection,Et nous donnent la paix au milieu des alarmes ;Nos ennuis, dont elle est le remede et la fin,Font à peine durer le sujet de nos larmesDu soir jusqu au matin.
L’avenir, où mes ans s’avancent pas à pas,Promet à mes desirs tous les biens qu’ici basL’homme peut esperer de sa bonté profonde ;Et l’honneur que là haut mon Dieu m’a preparéNe sera point semblable aux fortunes du monde,Qui n’ont rien d’assuré.
Et toutefois, Seigneur, quand tu m’as delaissé,L’éclat de mon bonheur s’est si-tost éclipsé,Que la crainte en mon cœur en chasse l’assurance ;Alors ta seule grace est ma felicité,Je te fais ma priere, et mets mon esperanceEn ta seule bonté.
Tandis que nous vivons nous devons te prier,Celebrer les grandeurs de l’œuvre et de l’ouvrier,Et faire de ton nom le sujet de nos veilles ;Car nostre ame et nos yeux dans la nuit de l’oubliSont à jamais privez d’admirer les merveillesDont le monde est rempli.
Ah ! ton juste courroux n’est plus si vehement,Je veux changer ma plainte en un remerciment,Et ne me plus couvrir d’un sac de penitence ;Ta clemence a pour moy moderé ta rigueur,Le torrent de mes pleurs, en lavant mon offense,Met la joye en mon cœur.
Ainsi purgé d’ennuy, de crainte et de peché,Mon esprit, tout-à-fait du monde détaché,Ne se veut employer qu’au recit de ta gloire :C’est l’assidu travail à quoy je me soûmets,Et ce digne sujet, si doux à ma memoire,Ne m’ennuira jamais.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources