Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Le Xxvie Pseaume

Dominus illuminatio mea, etc.

Racan· 84 vers

Je verray sans regret l’astre de qui le tourBorne l’an et le jourArriver au couchant de sa derniere course,Sachant que le Seigneur n’a pas moins de pouvoirQue lors qu’il a fait voirDans la nuit du cahos la lumiere en sa source.

J’entendray sans frayeur les injustes projetsQue feront mes sujetsPour secouer le joug de ma juste puissance ;Sachant que le Seigneur, par qui j’ay tant de foisVaincu les plus grands rois,Saura bien les ranger à mon obéissance.

S’il faut qu’un seul combat vuide nos differens,Déja parmi les rangsSes anges sont armez qui m’offrent leur service ;Et sur mes pavillons je voy déja dans l’airLa Victoire voler,Qui ramène du ciel la Paix et la Justice.

Que pendant ces discords j’ay de fois desiréCe repos retiré,De qui tant de grands saints nous ont monstré l’exemple,Afin de mettre aux pieds du Seigneur des seigneursMon sceptre et mes honneurs,Pour achever ma vie à servir en son temple.

C’est-là qu’en sacrifice on offre à ses autelsTout ce que les mortelsReçoivent icy-bas de la terre et de l’onde ;Et dans un plus parfait qui brusle nuit et jourLe feu de son amourY purge nos esprits des vanitez du monde.

C’est en ce seul asyle où gist nostre bonheur,C’est-là que le SeigneurEst le plus attentif à nos justes requestes ;C’est un roc immobile à la rage des flots,D’où l’on voit en reposLes vents de la Fortune exciter nos tempestes.

C’est-là que j’offrirai les biens les plus exquisAux batailles conquis,Afin d’en conserver plus long-temps la memoireMais ce dernier combat où j’aurai surmontéMa propre volontéEst le seul dont j’espere une éternelle gloire.

Seigneur, si tout sanglant au fort de ma fureurTu n’as point en horreurLes hymnes dont mon luth celebre tes louangesDois-je pas m’assurer qu’ils seront mieux ouïsDe ces lieux où je puisJoindre à la douce voix la pureté des Anges ?

Mais où tendent ces vœux en l’âge où je me voy ?Ils mourront avec moy,Si ta grace éclipsée est long-temps sans me luire ;Semblables à ces fleurs que l’on ne peut sauverDes rigueurs de l’hyver,Et qui sans le soleil ne peuvent rien produire.

Ne me cache donc plus ta divine splendeur,Et croy que ta grandeurSe fait plus admirer lors qu’elle me l’accorde :Ta seule autorité peut bien me condamner ;Mais pour me pardonnerIl faut qu’elle soit jointe à ta misericorde.

Quand mon pere et ma mere au besoin m’ont quité,En cette extremitéTu m’as servi des deux avec plus de tendresse ;En rendant à la fois tous mes desirs contens,Tu fis en mesme temsParoistre aux yeux de tous ta force et leur foiblesse.

Quand des langues d’aspic vomissant leur poisonM’imputoient sans raisonUn crime dont ma foy ne fut jamais capable,Ils en eurent la honte, et je fus glorieux,Lors que ces envieuxSe rendoient imposteurs sans me rendre coupable.

Leur fraude ne t’a pû cacher la verité ;Ta divine clartéDécouvre et voit toûjours nostre ame toute entiere ;Et je suis assuré que la nuit du trépasNe m’empeschera pasD’estre encor éclairé de la mesme lumiere.

O toy de qui le cœur bruslant de son amour,T’occupes nuit et jourA servir ses autels d’effet et de pensée,N’espere qu’en luy seul ; croy que son équitéS’égale à sa bonté,Et qu’enfin ta vertu sera recompensée.

84 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources