Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.
Le Xxve Pseaume
Judica me, Domine, etc.
En ce temps de calamitéOù la nuit de l’impietéNous a tes graces éclipsées,O Dieu ! de qui je tiens la lumiere et la foy,Tu sais mes actions, tu connois mes pensées,Je ne veux point avoir d’autre juge que toy.
Sonde mes plus secrets desirs,Et si mon cœur dans les plaisirsS’emporte avec trop de licence ;Quand la contrition l’aura mortifié,Afin de rétablir sa premiere innocence,Qu’au feu de ton amour il soit purifié.
Je fuis ces cœurs ambitieuxQui dans leurs complots factieuxPartagent entre eux leur patrie,Et qui, tombant de l’une à l’autre extremité,N’ont jamais sans mépris ou sans idolatrieRendu ce qu’ils devoient à la Divinité.
Pour moy, qui me lave les mainsDe ces pernicieux desseinsOù la vanité les convie,Mon soin est d’admirer tes honneurs immortels,T’aimer et te servir le reste de ma vie,Et chanter ta louange au pied de tes autels.
J’admire dans mon oraisonLes merveilles qu’en ta maisonTu fais éclater d’heure en heureEt, ravi des attraits qu’on gouste en ce sejour,Dans ce seul et saint lieu j’ay choisi ma demeure,Comme toy pour le seul objet de mon amour.
Fay que par tes soins éternelsDes crimes et des criminelsA jamais je me garantisse,Et de ceux dont le cœur trop lasche et trop puissantFait qu’en eux la vengeance égale l’avariceQuand ils mettent à prix la mort de l’innocent.
Seigneur, je ne regretterasDe voir courir vers le trépasMon plus bel âge qui se passe,Pourveu que mon esprit, comme au siecle passé,Puisse jusqu’à la fin, éclairé de ta grace,Cheminer dans la voye où tu l’as redressé.
42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources