Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Les Pseaumes.

Ode a la louange de la reine,

Dont le sujet est imité du Pseaume 8, Domine Dominus noster, etc.

Racan· 48 vers

Otoy qui t’es rendu sur la terre et sur l’ondeL’aimable etonnement des yeux de tout le monde,Seul Dieu de qui le nom est par tout glorieux,Dont la grandeur remplit et la lumière eclaireL’espace imaginaireDes vuides infinis qui sont dessus les cieux ;

Lors que de ces clartez dont ta gloire est pourveuëTu daignes ici bas sur nous jetter la veuë.L’objet le plus cheri de tout ce que tu vois,N’est-ce pas ce grand soin où s’occupe sans cesseNostre sage PrincesseA nourrir ses enfans pour l’appuy de tes loix ?

Elle imprime en leur ame, en quittant la mammelle,La vertu, qui nous mene à la vie éternelle,Et l’espoir des honneurs qui nous y sont promis,Jusqu’à tant que leur bras puisse, armé du tonnerre,En une sainte guerre,Combattre pour la foy contre tes ennemis.

Elle veut qu’aux flambeaux dont la voute azuréePar ta magnificence est brillante et paréeIls contemplent l’empire où toy seul es le Roy,Et que leurs foibles yeux, qui ne font que de naistre,Y puissent reconnoistreQu’il n’est point de grandeur qui ne vienne de toy.

Leurs cœurs humiliez savoient dès leur enfanceQue, sans avoir égard à leur haute naissance,De la seule vertu tu sais faire le choix,Et savoient, dans l’éclat des publiques louanges,Que le dernier des angesEst plus grand devant toy que le premier des rois.

Ils connoissoient dés-lors que ces mets delectablesQu’offrent la terre et l’onde à l’envy sur leurs tables,Et par qui tu préviens nos besoins et nos vœux,Sont les dignes bienfaits où la magnificenceDe ta toute-puissanceTémoigne à tes enfans l’amour qu’elle a pour eux.

Ta main, qui nous soumet sous le pouvoir suprêmeDe ceux que la naissance orne du diadème,Veut que l’homme ici bas regne sous son appuy,Et le fait disposer avec autant d’empireDe tout ce qui respireQue si tout ce qui vit ne vivoit que pour luy.

Admirons donc sans fin la sagesse profondeDu seul Dieu qui regit le ciel, la terre et l’onde,Du seul Dieu dont le nom est par tout glorieux,Dont la grandeur remplit et la lumiere éclaireL’espace imaginaireDes vuides infinis qui sont dessus les cieux.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources