Œuvres complètes, 1625‑1660· Odes diverses
« En l’excessive ardeur de ma perseverance »
En l’excessive ardeur de ma perseverance,D’une belle esperanceL’amour essaye en vain de consoler mes pleurs ;Mais ne sçait-on pas bien qu’il a cette coutumeDe sucrer l’amertume,Et que tous ses filets sont tendus sous des fleurs ?
Celuy qui sur les eaux va tenter la fortune,Le calme de NeptuneL’assure pour un temps de l’empire du sort ;Mais à la fin les flots, en écumant leur rage,S’enflent d’un tel orageQu’ils luy font regretter les délices du port.
Ainsi ce dieu, qui porte une éternelle envieA l’heur de nostre vie,Traverse à tous les coups l’espoir des plus contens ;Sa bonace infidelle abuse tout le monde,Et souvent dans son ondeLes jours les plus sereins sont les plus inconstans.
Je sçai combien d’orage et combien de tempesteSa cruauté m’apreste,Et combien mon dessein sera laborieux ;Mais aux braves efforts d’un courage invincibleIl n’est rien d’impossible :Les pénibles conseils sont les plus glorieux.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources