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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Stances

Le roy de perse aux dames

Pour un ballet.

Racan· Stances.· 47 vers

Deauté pleine d’appasQui conduisez mes pasSi jadis au soleil je faisois sacrifice,Lorsque le Ciel a voulu m’inspirer,J’ay connu qu’ArteniceEtoit le vray soleil qu’on devoit adorer.

Du bout de l’univers,Par des climats divers,Je viens payer mes vœux à sa vivante image,Et sur l’autel de sa divinité,A qui je rends hommage,Faire offre de mon sceptre et de ma liberté.

Le nom de mes ayeuxEst monté jusqu’aux cieux ;Les bornes de la terre ont borné leur fortune,Et leur orgueil dessus mille vaisseaux,Plus enflé que Neptune,A jadis chastié l’insolence des eaux.

Mai si, par mon bon-heur,Jamais j’ay cet honneurQue de sa cruauté j’obtienne la victoireEt mets à fin ce que je me promets,J’acquerrai plus de gloireQue mes predecesseurs n’en acquirent jamais.

Ses aimables attraits,Inévitables traits,Sçavent dompter les cœurs en amour invincibles ;Mesme les eaux, les rochers et les bois,Cessent d’estre insensibles,Et se laissent traisner aux charmes de sa voix.

Tout ce que les espritsOnt de rare et de prixSont de ce bel esprit les graces ordinaires,Et de son luth les charmes decevansFont par effets contrairesRessusciter les morts et mourir les vivans.

Bien que mon jugement M’apprenne sagementCombien en cet amour mon entreprise est haute,Nulle raison ne m’en peut divertir.D’une si belle faute,C’est faillir doublement que de s’en repentir.

L’air, la terre et les cieuxSont bruslez par ses yeux ;La ruine du monde est toute manifeste.Si je me perds en vivant sous sa loy,Ce reconfort me resteQue je vois l’univers se perdre avecque moy.

47 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources