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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Stances

Pour un Ameriquain

Dansant à un ballet.

Racan· Stances.· 48 vers

De ces riches climats les derniers découverts,De ces fertiles champs qui n’ont jamais d’hivers,Je me suis venu rendre aux prisons de Cloride ;J’ay par terre et par mer voyagé nuit et jour,Et n’ay voulu qu’Amour,Tout aveugle qu’il est, pour pilote et pour guide.

L’on ne peut ignorer quels étoient les plaisirsDont ces lieux innocens contentoient mes desirs.Nos terres ny nos mœurs ne sont plus inconnues :C’est-là qu’on trouve aux cœurs de la fidelité,Et que la libertéFait voir comme les corps les ames toutes nuës.

Nous avons dans nos champs, au milieu des cailloux,Ces superbes tresors dont les hommes jalouxCourent par tant de mers en faire la conquête ;Et, joignant la richesse avecque les appas,Nous foulons sous nos pasLes joyaux dont vos rois se couronnent la tête.

C’est la seule contrée où le siecle doré,Malgré l’ire des dieux, est toûjours demeuré ;C’est-là que des plaisirs la contrainte est bannie ;C’est-là qu’on voit l’honneur, la honte et le devoir,Sans nom et sans pouvoir,Et l’amour absolu regner sans tyrannie.

Toutefois, ces attraits ne sçûretlt m’arresterDepuis !e premier jour que j’entendis vanterL’astre dont la clarté n’eut jamais de seconde,Et de qui l’on verra les rayons glorieuxFaire le tour des cieux,Comme sa renommée a fait le tour du monde.

Je sçay que je pouvois avecque peu d’effortsEtablir mon empire au-delà de ces bordsOù le fameux Alcide éleva ses colonnes ;Mais l’espoir de servir cette divinitéFut une vanitéQui me fit preferer les chaisnes aux couronnes.

Ses attraits sont si pleins d’aimables qualitezQue, lors qu’on la compare aux plus rares beautezDont les siecles passez ont laissé la peinture,Ne confesse-t-on pas, exempt de passion,Que la perfectionN’étoit point devant elle au pouvoir de Nature ?

L’aise que j’en reçois n’a rien à desirer,Sinon que sa rigueur me défend d’espererDe pouvoir par mes pleurs amollir son courage,Et suis à la mercy d’un si fragile sortQue, pensant estre au port,C’est lorsque je me voy le plus prés du naufrage.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources