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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1625‑1660· Odes diverses

« Quand la nuit, finissant nos veilles »

Racan· ODE.· 42 vers

Quand la nuit, finissant nos veilles,Ferme les yeux et les oreillesDu vulgaire indiscret,Daphnis, en tous endroits où sa rage le porte,Accablé sous le faix de son ennuy secret,Au Ciel, qui ne l’oit pas, se plaint en cette sorte :

« Injuste et cruelle puissanceQui ravissez dés leur naissanceTous mes contentemens,Astres qui presidez dessus mes destinées,A combien de malheurs, de pleurs et de tourmens,Avez-vous asservy le cours de mes années !

« Je pensois, quoy que fist l’envie,Que jamais ces roys de ma vieNe me seroient ostez,Et l’amour me donnoit assez de témoignagesQu’auprés de ces flambeaux si remplis de clartezMes jours, à l’avenir, n’auroient plus de nuages.

« Toutefois, une mesme luneA veu de ma bonne fortuneLe flus et le reflus ;L’absence m’a ravy cet objet adorable,Et dans ces tristes lieux il ne me reste plusD’un bien si-tost passé qu’un regret perdurable.

« Elle s’en va, cette inhumaine,Sans avoir pitié de la peineDont j’ay le cœur atteint ;Et, sans vouloir attendre un temps plus agreable,Elle met en hyver les roses de son teintA la mercy du froid, aux fleurs impitoyable.

« De crainte qu’en cette contréeElle ne fût idolatrée,Vous l’ostez de nos yeux.Vous voulez moderer nostre ardeur insensée,Vous voulez qu’on la serve ainsi qu’on sert les dieux,Et qu’on ne puisse plus l’adorer qu’en pensée.

« Quand il faudrait sans esperanceLanguir en ma perseverance,A tout je me soumets.Je souffre constamment l’ennuy qu’elle me donne.Au fort de mes travaux, je n’invoque jamaisQue l’Amour et la Mort, qui n’exauce personne. »

42 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Racan, Paris, P. Jannet, 1857· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources