Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures
Odelette II
Je n’ai rienQue trois feuilles d’or et qu’un bâtonDe hêtre, je n’ai rienQu’un peu de terre à mes talons,Que l’odeur du soir en mes cheveux,Que le reflet de la mer en mes yeux,Car j’ai marché par les cheminsDe la forêt et de la grèveEt j’ai coupé la branche au hêtreEt cueilli en passant à l’automne qui dortLe bouquet des trois feuilles d’or.
Accepte-les ; elles sont jaunes et doucesEt veinéesDe fils de pourpre ;Elles sentent la gloire et la mort,Elles tremblèrent au noir vent des destinées ;Tiens-les un peu dans tes mains douces :
Elles sont légères, et penseÀ celui qui frappa à ta porte,Un soir,El qui s’est assis en silenceEt qui reprit en s’en allantSon bâton noirEt te laissa ces feuilles d’or,Couleur de soleil et de mort…Ouvre tes mains, ferme ta porteEt laisse-les aller au ventQui les emporte !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources