Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures
Odelette III
Tu frapperas !La porte est haute sous les roses et le lierreAux mille brasIncrustés dans la vieille pierreEt se crispant comme la nuitQui étreignait de haut en basLa maison noire et solitaireQui maintenant chante et luitSous les roses, à l’aube claire.
Je t’attends assis en chantant,Je t’attends, car c’est le printemps ;Les vitres pâlissent, et le pavé pâleS’éclaire et blanchit de dalle en dalle,Et l’ombre s’accroupit aux angles ;Entre,Toi qui à ma porte es venue,Souriante et nue.
Entre. Veux-tuT’asseoir à mon foyer pour y filer le chanvreAu bruit du rouet monotone ?Veux-tuAttendre ici l’automne ?Veux-tu que je te donneLe gobelet de hêtre et l’assiette d’étain,Le fruit, le pain,Un peu d’eau pure,Et rester là ?La route est dure.
Mais déjà ton sourire est un baiser… VoilàUne fleur pour que tu la tiennesÀ ta main, et voici une lampe d’orEt trois opales anciennes ;Voici encorUne ceinture où pend une clé ;Prends la tunique et les sandales,Je te les donne.Tu as la lampe et les opales,Tu as la clé,Et maintenant va parmi les hommes !
39 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources