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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures

Ode I

Henri de Régnier· vers libres ou irréguliers, 58 vers

Septembre !D’entre tes frères, du fond de l’an,Qui dorment, côte à côte, et attendent,Visages d’ombre ou profils clairs,Septembre !Tu t’es levé, heureux et lent,D’entre les heures endormies,Tu t’es levé d’entre tes frères, les mois mortsQui séjournent et qu’on oublie,L’un avec sa couronne d’orEt l’autre son bandeau de feuilles mortes,Et l’autre avec son sceptre de fer,Et l’autre avec ses corbeilles,Et Mai, le blond, qu’en souriant réveilleAvril qui, fleur à fleur, l’enlace de guirlandes ;Septembre !Tu t’es levé vers moi qui marchais en pleurantLe long de l’an.

Les pampres roux saignaient au-dessus de la porteDe ton verger d’arbres et de vignes ;Les feuilles montraient l’or des fruits ;Le vent semblait le pas de l’heure qui s’enfuitSur les bassins d’argent que son pied égratigne,Et les Jours, à seaux clairs, puisaient au puitsL’onde du Temps où se miraient leurs faces lentes ;Et l’on voyait s’épanouir dans le silenceLes palmes des jets d’eau et les cols blancs des cygnes.

Si j’avais su qu’ainsi, au détour de ma vie,Tu te tenais debout, là-bas,Au seuil de ton verger de vie,Sous tes pampres en entrelacs,Avec tes fruits de pourpre et ta bouche bonne,Ô fils calme de mon Automne,Si j’avais suLe doux chemin de tes fontaines,Le doux chemin au bout des haltes de la vieSi j’avais su !

Je n’aurais pas trempé mes mainsDans la cendre des crépuscules,Ni heurté de mon front la porte de l’hiver,Ni pleuré des soleils trop rouges sur la Mer,Ni sangloté du chant des flûtesQu’Avril rieur gonflait de son souffle nouveau,

Ni compté, or à or, la chuteDes feuilles lentes dans les eaux.Ni suffoqué de tes soirs chauds,Été que le Désir baise sur la bouche,Avec sa boucheAmère et douce.

Mais j’aurais dit : Septembre, Septembre,Ta douceur est là-bas qui me sourit dans l’ombreEt l’Amour sur le seuil avec toi vient m’attendre ;Je vois votre ombreDouble et charmante et qui s’enlace sous les pampresEt j’entrerai,Ô doux Septembre,En tes vergersDe cygnes blancs, de fleurs, de fruits et de silence.

58 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources