Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures
Odelette V
Crois-tu que l’heure soit plus lente en nos viesParce que nous chantons pour ne pas l’entendreQui passe avec sa corbeille fleurie,Rapide ou lente,Derrière la haie et le mur,Derrière la saison ou l’année ?Son ombre est de cendre ou d’azur,Sa corbeille est fraîche ou fanée,Elle se dresse haute ou se courbe et souritDoucement ou pleure,Et le temps s’en va, clair ou gris,Heure par heure…
Tu files ta quenouille ou tu liesDes guirlandes et des couronnes ;L’hirondelle gazouille et l’abeille bourdonne,Un fruit tombe de l’arbre qui plie,
Un épi se courbe, une feuilleTournoie,Tu cueillesUn peu de bonheur, un peu de joie,Tu prends la tige, elle a la fleur,Tu prends la fleur, elle s’effeuille ;Tu files et c’est elle qui dépouilleLa soie ou l’or de ta quenouille.
Vois ! L’Automne tisse ses brumes et ses pluies,Pluie en soleil, soleil en pleurs.Regarde à travers ta vieL’heure qui passe et semble belle ;Elle a de clairs yeux et des ailes,Elle est faite de tes pensées,Elle est belleDe tes pensées,Mystérieuse, douce, et pâle, et souriante,Car tu ris, tu aimes et tu chantes !
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources