Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures
Odelette VI
Si tu disais :Voici l’Automne qui vient et marcheDoucement sur les feuilles sèches,Écoute le heurt de la hacheQui, d’arbre en arbre, dans la forêtSape et s’ébrèche ;Regarde aussi sur le maraisLes oiseaux tomber, flèche à flèche,Les ailes lâches,Avec des tachesDe doux sang frais.
Si tu disais : Voici l’Hiver.Le soleil saigne sur la mer,La barque est prise aux glaces du port,L’âtre fume, le vent halèteOu ricane, glapit ou guetteEt jappe et mord ;
Le jour finit en soir amer…Si tu disais : Je suis la douleur et l’hiver ;Je t’aimerais, mais tu m’as dit en souriant :
Regarde cette aurore à l’orientRose et verte sur les prés et l’eau ;Avril aux doux pieds nus court sur l’herbe qui trembleEt le Printemps sonore et beauTressera tes jours en guirlandesEt la rose à la rose et la joie à la joie ;Je suis l’aube qui naît et l’aile qui s’éploie,Je suis souriante et ma boucheEst fraîche et douce,Et je te tendsMes mains de chair en fleur qu’embaume le Printemps.
31 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources