Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures
Odelette VII
Je ne dirai de toi ni chansonGrave d’amour ou sourde de haine,Ni la boucheChère à l’amourEt douce à la haine,Ni tes seins, ni le frissonDe tes cheveux, ni la fontaineOù, bouche à bouche,Tu riais la douceur à toi-même,Ni ton nomÀ l’écho même.
Les épines percent la haie,À la fleur survit la baie ;La terre crouleLe long des talus de la route ;Il a plu sur l’étang et sur la roseraie…Le chemin passe entre deux haies,
L’écho bégaie,Un agneau broute,Quelqu’un chante en tressant l’osier dans l’oseraie…Oui, c’est un peu l’automne,Déjà,Et rien de plus ;La terre lourde croule aux talus,Quelqu’un chantonneEn travaillant dans l’oseraie…Le chemin passe entre deux haies…Il n’y a rien de plus que cela,Il n’y a rien d’autre que cela,Un jour passé et toi, le ciel, la terre, l’eauEt cette route qui va là,Et cette berge où je suis làAuprès de l’eau.
33 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources