Les jeux rustiques et divins, 1897· La corbeille des heures
Odelette X
La douceur de l’aube va par les champsEn moutons qui bêlent ;Toutes les brebis sont pareilles,Un bélier est noir, l’autre blanc,Et les agneaux et les agnellesSont noirs et blancs.Le chemin est doux entre les haies ;La rivière est douce sous la saulaie ;Les arbres chantent dans la clarté nouvelle,Ils oui leurs ombres autour d’eux.
Les prés sont bleus,La paix de midi sommeille sur la prairieEn troupeaux d’or sous le soleil ;L’herbe est mûrie ;La ruche bourdonne d’abeilles,La grappe est lourde aux treillesEt les taureaux dorment dans l’herbe,Signes d’un zodiaque d’or.
L’orgueil du soir est sur la terre,Les blés sont hauts de paille et lourds d’épis qui tremblent ;La forêt est lente à se taire…Deux cloches,De l’est à l’ouest, sonnent ensemble,L’une lointaine, l’autre proche,Et l’une est grave et l’autre est claire,Toutes deux sont de métal pur.Toutes deux sonnent pour l’azurEt toutes deux sonnent ensembleL’orgueil de bronze et d’or de la belle journée,Si belle et si belle qu’il sembleQue nulle fleur, ce soir, ne peut être fanée.
31 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les jeux rustiques et divins, Mercure de France, Paris, 1897· numérisation poesies.net· Sources