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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Premiers poèmes, 1885‑1890· Épisodes 1888· Épilogue

Épilogue

Henri de Régnier· 45 vers

Un retour de ramiers migrateurs s’exténueA l’Occident où meurt le jour comme un sourire ;Une Ère de ma Vie en la nuit inconnueSe clôt, et ma sagesse accueille d’un sourireL’ombre massive et redoutable et sa venue.

Au chœur évanoui de quelque vague danse,Éclate d’une Lyre une corde rompueAu fond des bosquets lourds de fleurs et de silenceOù de la tresse d’une guirlande rompueChoit la défleuraison des roses d’indolence.

Voici venir le soir où mon Rêve supputeLe trésor qu’apporta la merveilleuse Année,Fanfare du clairon, murmure de la flûte,Contradictoire écho de la défunte Année,Cantate du triomphe ou rumeur de la lutte.

Et chaque Aurore avec ses gloires et ses honte ?,Les heures, une à une, et leur folle aventureS’en viennent, lent troupeau, jusqu’à moi qui les compteA mesure qu’elles sont là, à l’aventure,Comme un dénombrement de brebis pour la tonte.

Voici le lourd butin que coupe aux plants des vignesLa Serpe d’or rouge du sang de la vendange,Et dans l’amphore emplie à la faveur des signesPar qui coule en rubis le cru de la vendange,Avons-nous bu l’extase et des ivresses dignes ?

Voici le flot des blés au creux des plaines blondes,Houles qui bercèrent mon âme enorgueillieAu rythme renaissant dont se meuvent leurs ondes,Et le Pain qui chargea ma table enorgueillieOù s’assit le retour de mes Faims vagabondes.

Voici les épaves d’une flore vivaceDe perles, d’escarboucles et de pierreriesQui surnage et jonche d’écumes la surfaceDes vagues dont l’éclat fulgure en pierreriesAux splendeurs d’un soleil bu par la mer vorace…

La vendange fut nulle et la tonte inutileEt le Pain s’est émietté comme une cendre,Et l’écrin dont le flot se fleurit et rutileDisparaît en la nuit de doutes et de cendres,Où s’est ployé l’essor de mon Rêve futile.

Et mon année et son vain œuvre et sa folieNe fut qu’un rêve d’or, de mensonges et d’ombreQue raille le sourire étrange de la Vie,Et la mort de ce soir sourit jusques en l’ombreD’où jaillira l’Aube nouvelle et sa survie…

45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premiers poèmes, Mercure de France, Paris, 1907· numérisation gallica.bnf.fr· Sources