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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes, 1613· Premieres Œvvres de M. Regnier

Ode

Mathurin Régnier· 48 vers

Iamais ne pourray-ie bannirHors de moy l’ingrat souuenirDe ma gloire si tost passee ?Tousiours pour nourrir mon soucy,Amour cet enfant sans mercy,L’offrira-il à ma pensee ?

Tiran implacable des cœurs,De combien d’ameres langueursAs-tu touché ma fantasie ?De quels maux m’as-tu tourmenté,Et dans mon esprit agité,Que n’a point fait la ialousie ?

Mes yeux aux pleurs accoustumez,Du sommeil n’estoient plus fermez,Mon cœur fremissoit sous la peine,A veu d’œil mon teint iaunissoit,Et ma bouche qui gemissoit,De souspirs estoit tousiours pleine.

Aux caprices abandonné,I’errois d’vn esprit forcené,La raison cedant à la rage,Mes sens des desirs emportezFlottoient confus de tous costez,Comme vn vaisseau parmy l’orage.

Blasphemant la terre et les Cieux,Mesmes ie m’estois odieuxTant la fureur troubloit mon ame,Et bien que mon sang amasséAutour de mon cœur fust glasséMes propos n’estoient que de flame.

Pensif, frenetique, et resuant,L’esprit troublé, la teste au vent,L’œil hagard, le visage blesme,Tu me fis tous maux esprouuerEt sans iamais me retrouuerIe m’allois cherchant en moy mesme.

Cependant lors que ie vouloisPar raison enfreindre tes loixRendant ma flame refroidie,Pleurant i’accusay ma raison,Et trouuay que la guerisonEst pire que la maladie.

Vn regret pensif et confusD’auoir esté et n’estre plusRend mon ame aux douleurs ouuerte,A mes despens las ! ie voy bien,Qu’vn bonheur comme estoit le mienNe se cognoist que par la perte.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, A. Lemerre, 1875· numérisation gutenberg.fr· Sources