Œuvres complètes, 1613· Œvvres Posthvmes
Stances
Si vostre œil tout ardant d’amour et de lumiere,De mon cœur votre esclaue est la flamme premiere,Que comme vn Astre sainct ie reuere à genoux,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
Si vous que la beauté rend ores si superbe,Deuez comme vne fleur qui flestrit dessus l’herbe,Esprouuer des saisons l’outrage et le courroux,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
Voulez-vous que vostre œil en amour si fertille,Vous soit de la nature vn present inutille ?Si l’Amour comme vn Dieu se communique à tous,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
Attendez-vous vn iour qu’vn regret vous saisisse ?C’est à trop d’interest imprimer vn supplice.Mais puis que nous viuons en vn aage si doux,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
Si vostre grand’ beauté toute beauté excelle,Le Ciel pour mon malheur ne vous fit point si belle :S’il semble en son dessein auoir pitié de nous,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
Si i’ay pour vous aymer ma raison offensée,Mortellement blessé d’vne flesche insensée,Sage en ce seul esgard que i’ay beny les coups,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
La douleur m’estrangeant de toute compagnie,De mes iours malheureux a la clarté bannie,Et si en ce malheur pour vous ie me resous,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
Fasse le Ciel qu’en fin vous puissiez recognoistreQue mon mal a de vous son essence et son estre :Mais Dieu puis qu’il est vray, yeux qui m’estes si doux,Pourquoy ne m’aymez-vous ?
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, A. Lemerre, 1875· numérisation gutenberg.fr· Sources