Œuvres complètes, 1613· Œvvres Posthvmes
Stances Povr la belle Cloris
Cloris le bien qui m’importunePeut changer ma condition,Le changement de ma fortuneNe finit pas ma passion.
Mon amour est trop legitime,Pour se rendre à ce changement,Et vous quitter seroit vn crimeDigne d’vn cruel chastiment.
Vous avez dessus moy, madame,Vn pouuoir approuué du temps,Car les vœux que i’ay dans mon ameSeruent d’exemple aux plus contents.
Quelque force dont on essayeD’assubiettir ma volonté,Ie beniray tousiours la playeQue ie sens par vostre beauté.
Ie veux que mon amour fidelleVous oblige autant à m’aymerComme la qualité de belleVous faict icy bas estimer.
Mon ame à vos fers asseruie,Et par amour, et par raison,Ne peut consentir que ma vieSorte iamais de sa prison.
N’adorant ainsi que vos chaisnes,Ie me plais si fort en ce lien,Qu’il semble que parmy mes peinesMon ame gouste quelque bien.
Vos vœux où mon ame se fonde,Me seront à iamais si chersQue mes vœux seront en ce mondeAussi fermes que des rochers.
Ne croyez donc pas que ie laisseVostre prison qui me retient,Car iamais vn effect ne cesse,Tant que la cause le maintient.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, A. Lemerre, 1875· numérisation gutenberg.fr· Sources