Drames du peuple, 1885· Patrie
A nos Drapeaux
14 juillet 1880.
DRAPEAUX militaires, symbolesDe la patrie et du devoir,Les plus légitimes idolesQu'une nation puisse avoir,
Dans vos plis flotte l'espérance,Le mystère des jours futurs ;Vous êtes le vol de la France,S'élançant dans des cieux plus purs.
Le coq gaulois, les lys, les aiglesA terre ont roulé tour à tour.Dans les champs, l'épaisseur des seiglesRecouvre leur éclat d'un jour.
Au sommet de vos hampes neuvesCes vieux emblèmes ne sont plus ;Trop de tempêtes, trop d'épreuvesLes ont emportés dans leur flux.
Les bravos, les bruits de fanfareQui les accueillaient ont cessé.Il n'est resté debout qu'un phareDu monde avec eux renversé.
Ce feu qui jamais ne varie,Qui luit sans cesse à tous les yeux.C'est le phare de la Patrie,C'est le legs sacré des aïeux.
Mais voici des clartés nouvelles.Vers ces lointains de l'avenir.De l'idée aurez-vous les ailes,Les ailes pour vous soutenir ?
Des ailes cherchant la justiceEt la liberté sans repos,Fuyant toute gloire factice,Aurez-vous ces ailes, drapeaux ?
Irez-vous droit, sans défaillance.Vers ce monde du lendemain.Ayant le progrès pour croyanceEt pour amour le genre humain ?
Aujourd'hui, c'est bien. C'est la foule,Les clameurs montant par milliers,Le défilé du train qui roule.Le cliquetis des cavaliers.
C'est bien ; on espère, on oublie.Mais à ce fracas palpitantSe mêle une mélancolie.Pour qui se recueille un instant.
Car il pense aux fêtes pareilles.Pour d'autres drapeaux, autrefois :Trônes fastueux, chants, merveilles— Et plus rien : drapeaux ni pavois !
On avait pourtant, comme garde.De vieux régiments à chevrons.L'Europe devenait blafardeDès qu'on soufflait dans les clairons.
Oh ! les conquérants, les arméesFoulant aux pieds les nations !
— Rien que poussières et fumées,Après tant d'acclamations !
Vous, drapeaux de la République,Pour aller plus loin et plus haut,Pour que votre éclat symboliqueN'ait pas de déclin, ce qu'il faut,
C'est qu'à servir les bonnes causesToujours prêts, toujours les premiers,Vous affranchissiez toutes choses.Et que jamais vous n'opprimiez.
Alors les peuples, dans leur ombre.Se tournant vers votre clarté.Salueront de leurs voix sans nombreL'aurore de leur liberté.
Et, quelque destin qui s'attacheA vous, triomphants ou brisés,Votre honneur restera sans tacheSur vos lambeaux éternisés.
Parfois, de ses rouges fuméesL'incendie, en son flamboiement,Éclipse les lueurs aiméesDes étoiles du firmament ;
Et parfois, de même, la force.Pour un jour de triomphe étroit.Fait croire à l'éternel divorceDe la victoire avec le droit.
Mais le feu s'éteint ; les désastresSont tout ce qui reste de lui.Et de nouveau luisent les astres,Comme la veille ils avaient lui.
Que, triomphant de tous les voiles,A vos sommets, les flammes d'orSoient pour tous comme ces étoilesQue nul n'a vu s'éteindre encor,
Ces étoiles dont nul ne doute,Et qui, pôles de leurs travaux.Aux chercheurs désignent la routePour trouver les mondes nouveaux !
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 23[abab]
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a symboles / idoles féminine, classiqueb devoir / avoir masculine, classiquea l'espérance / France féminine, classiqueb futurs / purs masculine, classiquea aigles / seigles féminine, classiqueb tour / jour masculine, classiquea neuves / d'épreuves féminine, classiqueb plus / flux masculine, classiquea fanfare / phare féminine, classiqueb cessé / renversé masculine, classiquea varie / Patrie féminine, classiqueb yeux / aïeux masculine, classiquea nouvelles / ailes féminine, classiqueb l'avenir / soutenir masculine, classiquea justice / factice féminine, classiqueb repos / drapeaux masculine, classiquea défaillance / croyance féminine, classiqueb lendemain / humain masculine, classiquea foule / roule féminine, classiqueb milliers / cavaliers masculine, classiquea oublie / mélancolie féminine, classiqueb palpitant / instant masculine, classiquea pareilles / merveilles féminine, classiqueb autrefois / pavois masculine, classiquea garde / blafarde féminine, classiqueb chevrons / clairons masculine, classiquea armées / fumées féminine, classiqueb nations / d'acclamations masculine, classiquea République / symbolique féminine, classiqueb haut / faut masculine, classiquea causes / choses féminine, classiqueb premiers / n'opprimiez masculine, classiquea ombre / nombre féminine, classiqueb clarté / liberté masculine, classiquea s'attache / tache féminine, classiqueb brisés / éternisés masculine, classiquea fumées / aimées féminine, classiqueb flamboiement / firmament masculine, classiquea force / divorce féminine, classiqueb étroit / droit masculine, classiquea désastres / astres féminine, classiqueb lui masculine, classiquea voiles / étoiles féminine, classiqueb d'or / encor masculine, classiquea doute / route féminine, classiqueb travaux / nouveaux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
92 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation archive.org· Sources