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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Drames du peuple, 1885· Patrie

Une Héroïne

Armand Renaud· 19 quatrains, octosyllabes, 76 vers

C'ÉTAIT au dernier mois du siège :Rien que du pain noir à manger,Après des heures, sous la neige,A la porte du boulanger.

Des vieillards, des enfants, des femmes.Dont plus d'un par la faim pâli.Attendaient ainsi trois cents grammesD'un pain noir, de paille rempli.

Quelques-uns d'une voix dolente.Et d'autres d'un ton courroucé,Pressaient l'acheteuse trop lente.Calmaient le voisin trop pressé.

Plus loin, l'on parlait politique.Ou l'on riait d'un calembour.Tous avaient l'œil sur la boutiquePour que nul n'entrât qu'à son tour.

Dans cette foule mélangée,Bavardant sur Pierre et sur Paul,Une femme restait rangée,Muette, et les yeux vers le sol.

Elle n'était pas encor vieille.Et pourtant elle avait l'air vieux.Tant l'inquiétude et la veilleCreusaient ses traits, hier joyeux.

Plaignez-la ! son homme est de garde,Du côté d'Auteuil, au rempart.Elle entend bien qu'on s'y bombarde,Et tremble à chaque coup qui part.

Pourtant sa plus triste pensée.Celle dont ses yeux sont rougis,Celle dont son âme est blessée.N'est point là, mais à son logis.

Là sa blonde petite filleDont le deuxième an s'accomplit,Et sa mère, vieille à béquille.Se meurent dans le même lit.

Toutes deux ont à la poitrineLa toux qui, sans vouloir finir,Dans l'une achève la ruine,Dans l'autre fauche l'avenir.

Il faudrait le feu qui ranime,A ces corps tremblant le frisson ;Aux poumons que la toux opprimeIl faudrait le lait pour boisson.

Mais rien dans ce Paris immense !Ni feu ! ni lait ! et cependant,Ce qu'il leur faudrait, elle penseQu'on en aurait, en se rendant.

Mais honte au lâche, honte au traîtreQui volontiers eussent livréLa France pour que leur bien-êtreNe fût pas, une heure, altéré !

Cette idée, elle s'en indigne.Elle, du peuple obscure enfant ;Et son cœur navré se résigneDevant le pays qu'on défend.

O dévoûment passant dans l'ombre !Femme qui, l'œil sur le devoir.As suivi droit ta route sombre.Sans ployer sous ton désespoir !

Reste parmi la multitudeQui dans l'oubli va s'engloutir ;Dans ton humble et noble attitude.Reste avec le peuple martyr ;

Reste avec le peuple qui souffre,Qui veut du jour, qui n'en a pas,Et qui toujours, lutteur du gouffre.Vers la justice tend les bras.

Pour que l'océan de la foulePorte l'avenir avec soi,Il faut que son flot troublé rouleDes clartés sans nom comme toi.

Des clartés qu'au sortir de l'ondeLe plongeur de ce gouffre amerPuisse montrer, disant au monde :« Voyez les perles de la mer ! »

Versification

Forme
19 quatrains (quatrains)
Rimes
19(abab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
19 quatrains
Mots à la rime
a siège / neige féminine, classiqueb manger / boulanger masculine, classiquea femmes / grammes féminine, classiqueb pâli / rempli masculine, classiquea dolente / lente féminine, classiqueb courroucé / pressé masculine, classiquea politique / boutique féminine, classiqueb calembour / tour masculine, classiquea mélangée / rangée féminine, classiqueb Paul / sol masculine, classiquea vieille / veille féminine, équivalenteb vieux / joyeux masculine, classiquea garde / bombarde féminine, classiqueb rempart / part masculine, classiquea pensée / blessée féminine, classiqueb rougis / logis masculine, classiquea fille / béquille féminine, classiqueb s'accomplit / lit masculine, classiquea poitrine / ruine féminine, classiqueb finir / l'avenir masculine, classiquea ranime / opprime féminine, classiqueb frisson / boisson masculine, classiquea immense / pense féminine, classiqueb cependant / rendant masculine, classiquea traître / bien-être féminine, classiqueb livré / altéré masculine, classiquea indigne / résigne féminine, classiqueb enfant / défend masculine, classiquea l'ombre / sombre féminine, classiqueb devoir / désespoir masculine, classiquea multitude / attitude féminine, classiqueb s'engloutir / martyr masculine, classiquea souffre / gouffre féminine, classiqueb pas / bras masculine, classiquea foule / roule féminine, classiqueb soi / toi masculine, classiquea l'onde / monde féminine, classiqueb amer / mer masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

76 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1897· numérisation archive.org· Sources