Poésies, 1860· Les nuits persanes· La mosquée
La Nuit Sainte
A l'occident, à l'orient,Des savants à quoi bon les veilles ?J'ai vu cette nuit, en priant,Ce qu'ils n'ont pas vu : des merveilles !
En vain ils ont fait mille apprêts,Des calculs jusqu'à la syncope ;Il s'agissait là de secretsVoulant la foi pour télescope.
Car c'était la plus sainte nuitDes sept nuits saintes de l'année,Celle dont à l'homme éconduitLa date n'est jamais donnée ;
La nuit où prier une foisCompte plus que mille prièresDans le reste des douze mois ;La nuit où le sable et les pierres,
Les métaux et les diamants,L'air et l'eau, la glace et la flamme,Tout le chaos des éléments,Pour s'unir à Dieu, prend une âme.
La lave, aux cratères béants,Reluit alors sans qu'elle fume ;La vague, dans les océans,Perd un instant son amertume.
L'air fait gazouiller le zéphyrEt force l'orage à se taire.Émeraude, opale, saphirSurgissent du sein de la terre.
D'éclat, de beauté, de douceur,C'est une lutte universelle,Entre l'astre dans sa grosseurEt la perle dans sa parcelle.
Et grâce au pouvoir des versetsRécités par moi, grâce au nombreDe mes jeûnes, je saisissaisLe mystère remplissant l'ombre.
Tout l'univers inaniméVivait. Un trouble taciturne,Pour atteindre à l'Être innommé,Montait en amour de cette urne.
Et poème hindou, psaume hébreuN'ont pas d'accents si grandiosesQu'ils vaillent, pour adorer Dieu,Ce chœur muet, montant des choses.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a l'orient / priant masculine, classiqueb veilles / merveilles féminine, classiquea apprêts / secrets masculine, classiqueb syncope / télescope féminine, classiquea nuit / éconduit masculine, classiqueb l'année / donnée féminine, classiquea fois / mois masculine, classiqueb prières / pierres féminine, classiquea diamants / éléments masculine, classiqueb flamme / âme féminine, classiquea béants / océans masculine, classiqueb fume / amertume féminine, classiquea zéphyr / saphir masculine, classiqueb taire / terre féminine, classiquea douceur / grosseur masculine, classiqueb universelle / parcelle féminine, classiquea versets / saisissais masculine, classiqueb nombre / l'ombre féminine, classiquea inanimé / innommé masculine, classiqueb taciturne / urne féminine, classiquea hébreu / Dieu masculine, classiqueb grandioses / choses féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources