Poésies, 1860· Les nuits persanes· La solitaire
La Splendeur vide
J’AI construit dans mon âmeUn merveilleux palais,Plein d'odeurs de cinname,Plein de vagues reflets.
Saphir, ambre, émeraudeEn couvrent les piliers ;En silence il y rôdeDes lions familiers.
Dans l'ivoire des coupes,Sur les tapis profonds,Des monarques par groupesY boivent les vins blonds.
Isolés comme une île,Les murs s'en vont plongeantDans la nappe tranquilleD'un lac de vif-argent.
Et tout semble immobile,Et pourtant tout grandit,S'élargit, tache d'huile,Monte et s'approfondit.
Et de l'onde muette,Et du palais sans bruit,Un feu qui se projetteDe plus en plus reluit.
Mais à ce qui m'enchanteDeux choses font défaut :Là dedans rien ne chante,Le ciel est noir là-haut.
Oh ! pour un son de lyre,Oh ! pour le moindre azur,Je laisserais porphyre,Perles fines, or pur.
Mais le seul qui la donne,L'Amour, doux et cruel,M'interdit ma couronneD'harmonie et de ciel.
Et plus tout luit, tout monte,Tout devient vaste et beau,Plus la douleur me dompte,Plus je suis un tombeau.
Versification
- Forme
- 10 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 10(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes
- Strophes
- 10 quatrains
- Mots à la rime
- a âme / cinname féminine, classiqueb palais / reflets masculine, classiquea émeraude / rôde féminine, classiqueb piliers / familiers masculine, classiquea coupes / groupes féminine, classiqueb profonds / blonds masculine, classiquea île / tranquille féminine, classiqueb plongeant / vif-argent masculine, classiquea immobile / d'huile féminine, classiqueb grandit / s'approfondit masculine, classiquea muette / projette féminine, classiqueb bruit / reluit masculine, classiquea m'enchante / chante féminine, classiqueb défaut / là-haut masculine, classiquea lyre / porphyre féminine, classiqueb azur / pur masculine, classiquea donne / couronne féminine, classiqueb cruel / ciel masculine, classiquea monte / dompte féminine, classiqueb beau / tombeau masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.9· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources