Poésies, 1860· Les nuits persanes· Songes d’opium
Le Trône céleste
J’AI tant levé les prunellesVers les clartés éternellesSans fond ni bord,J'ai si bien percé les voilesDes sept mystiques étoilesQui sont au Nord ;
Sorti de l'humaine voie,N'éprouvant ni deuil ni joie,Ni froid ni chaud,Sans que je boive ni mange,Sans que jamais rien dérangeMes yeux d'en haut,
Je les ai tant contempléesLes sept gouttes d'eau geléesDe l'horizon ;Devant leur tremblante flammeDepuis si longtemps j'ai l'âmeEn pâmoison,
Que cette foule abrutieQui fait encore partieDu monde vil,S'il fallait que j'y revinsse,Me prendrait, tant je suis mince,Pour mon profil ;
Mais que la troupe céleste,Voyant l'extase où je restePlus droit qu'un pieu,A travers les airs m'emporte,Du soleil m'ouvre la porteEt me fait Dieu.
A présent, c'est moi qui règne ;Le bas de mon trône baigneDans un lac d'orOù, des cent points de l'espace,L'image des mondes passeEt passe encor.
Sur ce lac flotte une têteA la barbe de prophète,Au front de roi ;De l'œil une larme coule.C'est l'ancien Dieu qui s'écroule,Chassé par moi.
Et cette tête me charme,Je ne puis de cette larmeMe détourner.En vain les anges fidèlesViennent d'un million d'ailesMe couronner ;
En vain je suis la merveille,L'être immense où tout s'éveille,Où tout s'endort ;Je ne vois, ne vois sans cesseQue la tête à barbe épaisseSur le lac d'or.
Versification
- Forme
- 9 sizains (sizains)
- Rimes
- 9(aabccb)
- Mètre
- Heptasyllabes et tétrasyllabes (36 de 7, 18 de 4)· profil 4, 7
- Strophes
- 9 sizains
- Mots à la rime
- a prunelles / éternelles féminine, classiqueb bord / Nord masculine, classiquec voiles / étoiles féminine, classiquea voie / joie féminine, classiqueb chaud / haut masculine, classiquec mange / dérange féminine, classiquea contemplées / gelées féminine, classiqueb l'horizon / pâmoison masculine, classiquec flamme / l'âme féminine, classiquea abrutie / partie féminine, classiqueb vil / profil masculine, classiquec revinsse / mince féminine, classiquea céleste / reste féminine, classiqueb pieu / Dieu masculine, classiquec m'emporte / porte féminine, classiquea règne / baigne féminine, classiqueb d'or / encor masculine, classiquec l'espace / passe féminine, classiquea tête / prophète féminine, classiqueb roi / moi masculine, classiquec coule / s'écroule féminine, classiquea charme / larme féminine, classiqueb détourner / couronner masculine, classiquec fidèles / d'ailes féminine, classiquea merveille / s'éveille féminine, classiqueb s'endort / d'or masculine, non classiquec cesse / épaisse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources