Poésies, 1860· Les nuits persanes· Fleur de sang
Les Sauterelles
Nous étions un million d'hommes,Anéantissant les SodomesPar la flamme et par le fer ;Notre souffle desséchait l'herbe ;Rien n'échappait, homme ni gerbe ;Nous hurlions comme l'enfer ;
Lorsque parut une autre armée,Innombrable, inaccoutumée,Dont un bruit sourd s'élevait.Montagnes brunes, plaines vertes,Par cette armée étaient couvertes,A croire que l'on rêvait.
C'était le tas des sauterellesAu corps massif, aux jambes grêles,A l'insatiable faim.On eût dit une mer immenseQui sur aucun bord ne commence,Qui nulle part n'a de fin.
Hommes, chevaux, engins de guerre,Tout ce qui triomphait naguèreS'engloutissait là sans bruit.Ils grouillaient, grouillaient, les insectes,Et, par leurs morsures abjectes,L'invincible était détruit.
Il fallut nous enfuir rapides.Nos soldats les plus intrépidesDe terreur fermaient les yeux.Or, prenant une sauterelle,Un fakir lut écrit sur elleCe quatrain mystérieux :
« Notre ponte peu fécondeEst de quatre-vingt-dix-neuf.Eu pondant chacune un œufDe plus, nous aurions le monde. »
Versification
- Forme
- Sizains
- Rimes
- 5(aabccb) 1(abba)
- Mètre
- Octosyllabes et heptasyllabes (20 de 8, 14 de 7)· profil 7, 8
- Strophes
- 5 sizains, 1 quatrain
- Mots à la rime
- a d'hommes / Sodomes féminine, classiqueb fer / l'enfer masculine, classiquec l'herbe / gerbe féminine, classiquea armée / inaccoutumée féminine, classiqueb s'élevait / rêvait masculine, classiquec vertes / couvertes féminine, classiquea sauterelles / grêles féminine, classiqueb faim / fin masculine, classiquec immense / commence féminine, classiquea guerre / naguère féminine, classiqueb bruit / détruit masculine, classiquec insectes / abjectes féminine, classiquea rapides / intrépides féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquec sauterelle / elle féminine, classiquea féconde / monde féminine, classiqueb quatre-vingt-dix-neuf / œuf masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.5· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
34 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1896· numérisation gallica.bnf.fr· Sources