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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Recueil intime, 1881· III

L’Alcyon

Armand Renaud· distiques, alexandrins, 45 vers

Belle de ta fierté,‖ dors en paix, ô mon âme.Toutes les passions‖ qu’on cache ou qu’on proclame,L’orgueil, l’ambition,‖ l’amour, la haine, font,Pour t’entraîner en bas,‖ un tourbillon profond.Les remous écumants‖ et les vagues lividesMêlent, autour de toi,‖ les grands bonds aux grands vides.

Dors en paix, ô mon âme,‖ en haut de ton rocher.Si de toi quelque flot‖ tente de s’approcher,Ne crains rien. N’as-tu pas,‖ comme l’oiseau, des ailes ?Imite l’alcyon‖ léger, aux blancheurs frêles,Qui, dédaigneux du vent,‖ dominateur des flots,Sur la pointe d’un cap‖ repose, les yeux clos,De l’essor qu’il peut prendre‖ ayant la conscience.

Dors en paix, ô mon âme.‖ En toi prends confiance.

Ton repos s’est placé‖ sur de trop fiers sommetsPour que rien des bas-fonds‖ y parvienne jamais.Petitesses, calculs,‖ lâchetés, vilenies ;Tout ce qui va rampant‖ sur les âmes ternies,A peur, mime de loin,‖ d’affronter ton mépris.Tout cela, dans les trous‖ se creusant des abris,Ne tient qu’à vivre en paix,‖ sans chercher d’aventure ;Tout cela ne hait rien,‖ n’aime que sa pâture,Ne songe qu’a fermer‖ ses regards au dangerDes grandes visions‖ qui pourraient déranger.

N’en prends donc pas souci,‖ car c’est le néant même.Sans y jeter les yeux,‖ reste en haut, aspire, aime,O mon âme ; cela‖ n’a nul pouvoir sur toi.Sans doute il est des flots‖ dignes de plus d’effroi.A ceux-là, le puissant‖ tournoîment qui fascine,Le jet qui saute au front,‖ le choc qui déracine,Les trompeuses grandeurs,‖ les sombres voluptés,Et parfois des rayons‖ de soleil reflétésPar leur verdâtre houle.

Oh ! fuis-les sans faiblesse !Comme ce qui salit,‖ dédaigne ce qui blesse,Et qui n’est pas le pur‖ et sublime tourmentDu besoin d’idéal‖ qui te va consumant.Laisse les flots humains‖ se ruer sur la rocheOù tu vis en rêvant,‖ sans peur et sans reproche ;Car si jamais, l’ayant‖ par la base creusé,Ils renversaient le faite‖ où ton vol s’est posé,S’ils voulaient t’entraîner‖ à souffrir sur la terreDe quelque vain orgueil,‖ de quelque espoir vulgaire,Plutôt que de subir‖ ces maîtres de trop près,Je jure par la mort‖ que tu t’envolerais.

Versification

Forme
Distiques
Rimes
22((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a âme / proclame féminine, classiqueb font / profond masculine, classiquec livides / vides féminine, classiquea rocher / s’approcher masculine, classiqueb ailes / frêles féminine, classiquec flots / clos masculine, classiqued conscience / confiance féminine, classiquea sommets / jamais masculine, classiqueb vilenies / ternies féminine, classiquec mépris / abris masculine, classiqued d’aventure / pâture féminine, classiquee danger / déranger masculine, classiquea même / aime féminine, classiqueb toi / d’effroi masculine, classiquec fascine / déracine féminine, classiqued voluptés / reflétés masculine, classiquea houle / faiblesse / blesse féminine, classiqueb tourment / consumant masculine, classiquec roche / reproche féminine, classiqued creusé / posé masculine, classiquee terre / vulgaire féminine, classiquef près / t’envolerais masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

45 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Recueil intime, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1881· numérisation poesies.net· Sources