Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Recueil intime, 1881· III

La Crainte du Réveil

Armand Renaud· 10 quatrains, alexandrins, 40 vers

TU sais la volupté‖ qui prête au corps une âme,L’ivresse du plaisir‖ qui berce en exaltant ;Tu distilles sur moi‖ ce charme de la femme,Qui dans la chair prend source‖ et jusqu’à Dieu s’étend.

Ton profil noble et doux,‖ tes limpides prunellesÉveillent des pensers‖ d’héroïsme et de bien,Ton corps, dans tout l’éclat‖ des formes éternelles,Serait divinisé‖ sur un autel païen.

Que je parle de gloire‖ ou cherche une caresse ;Que je sois anxieux‖ d’un rhythme ou d’un baiser ;Que je veuille un sourire‖ ou que l’âme m’oppresse,Tu m’offres des trésors‖ où je n’ai qu’à puiser.

Mais surtout, à la fin‖ des douces agonies,Quand le regard revient‖ dans l’œil à moitié clos,J’ai senti, sur le bord‖ de nos lèvres unies,Ton cœur verser au mien‖ d’ineffables sanglots.

Oh ! par tout ce bonheur,‖ écoute ma prière.Vois ! je tombe à genoux,‖ je t’implore ardemment ;Toi-même ne va point‖ tout réduire en poussière,Ne parle point d’amour,‖ ne fais point de serment.

Ne dis pas que tu veux‖ m’être fidèle et sûre,Charme-moi sans te plaire‖ à des mots superflus.Si tu me les disais,‖ connais-en la mesure,Si tu me les disais,‖ je ne te croirais plus.

Craignons les mots ! les mots‖ sont les bourreaux des choses.Dès qu’un enthousiasme‖ auguste, un amour fort,Éclairent quelque part‖ nos ténèbres moroses,Le mot rampe derrière,‖ amuse et frappe à mort.

Craignons les mots ! les mots‖ changeants, les mots sans nombreSont comme l’eau des lacs‖ à l’entour des donjons,Les léchant humblement,‖ réfléchissant leur ombre,Jusqu’au jour d’engloutir‖ la pierre sous les joncs.

Lorsque l’effleurement‖ de tes cheveux ressembleAu frisson le plus doux‖ des brises sur la mer,Vers un même idéal‖ quand nous volons ensemble,Dans mon cœur qui renaît‖ il n’est plus rien d’amer.

Ne me rappelle pas,‖ en disant que tu m’aimes,Qu’enivré seulement‖ on peut croire à l’amour ;En disant qu’à jamais nous resterons les mêmes,Ne me rappelle pas‖ qu’on peut n’aimer qu’un jour.

Versification

Forme
10 quatrains (quatrains)
Rimes
10(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quatrains
Mots à la rime
a âme / femme féminine, classiqueb exaltant / s’étend masculine, classiquea prunelles / éternelles féminine, classiqueb bien / païen masculine, classiquea caresse / m’oppresse féminine, classiqueb baiser / puiser masculine, classiquea agonies / unies féminine, classiqueb clos / sanglots masculine, classiquea prière / poussière féminine, classiqueb ardemment / serment masculine, classiquea sûre / mesure féminine, classiqueb superflus / plus masculine, classiquea choses / moroses féminine, classiqueb fort / mort masculine, classiquea nombre / ombre féminine, classiqueb donjons / joncs masculine, classiquea ressemble / ensemble féminine, classiqueb mer / d’amer masculine, classiquea m’aimes / mêmes féminine, classiqueb l’amour / jour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Recueil intime, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1881· numérisation poesies.net· Sources