Recueil intime, 1881· III
Le Champ des Morts
J’ai déjà dans mon cœur enterré mille choses,Espoirs, rêves, désirs,‖ croyances, fleurs éclosesPar un matin d’avril‖ et mortes à midi.L’art et l’amour surtout‖ comptent là bien des tombesOù, loin du ciel de l’aigle‖ et du nid des colombes,Dort ce qui fut en moi‖ noble, pur et hardi.
Mais, tandis que l’on voit,‖ dans tous les cimetières,Les fleurs au pied des croix‖ et l’herbe entre les pierres,Qu’il y pousse de beaux‖ feuillages toujours vertsOù, pour réjouir ceux‖ que le cercueil recouvre,L’âme du rossignol‖ sous les étoiles s’ouvre,Et de flots d’harmonie‖ inonde l’univers ;
Mon cimetière prend‖ ma chair après ses ronces,L’orfraie à mes sanglots‖ seule y fait des réponses,L’arbre avec moi s’y tord‖ sous un vent meurtrier.Point d’herbe, point de fleurs.‖ Rien que l’ombre et la boue.Pour venir jusque-là,‖ que nul ne se dévoue !On n’y trouverait pas‖ une place où prier.
Versification
- Forme
- 3 sizains (sizains)
- Rimes
- 3(aabccb)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 sizains
- Mots à la rime
- a choses / écloses féminine, classiqueb midi / hardi masculine, classiquec tombes / colombes féminine, classiquea cimetières / pierres féminine, classiqueb verts / l’univers masculine, classiquec recouvre / s’ouvre féminine, classiquea ronces / réponses féminine, classiqueb meurtrier / prier masculine, classiquec boue / dévoue féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
18 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Recueil intime, Paris, ALPHONSE LEMERRE ÉDITEUR, 1881· numérisation poesies.net· Sources