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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La mer, 1894· Les Gas

XIV. Un morutier

Jean Richepin· 1 distiques, alexandrins, 54 vers

Il avait des façons‖ de s’exprimer à lui.Au jusant, il disait :‖ « La mé n’a de l’ennui. »Quand remontait le flot :‖ « Il crève ses ampoules. »Les nuages, c’était‖ le ciel plumant ses poules ;Et la foudre en éclats,‖ Michel cassant ses œufs.Il appelait le vent‖ du sud cornemuseux,Celui du nord cornard,‖ de l’ouest brise à grenouille,Celui de suroit l’brouf,‖ celui de terre andouille.Sa pipe avait nom Jeanne‖ et son briquet Martin,Et sa chique en pruneau‖ se baptisait l’tétin.Lui-même, il se peignait‖ ainsi : — Vioque et précoce.— Hein ? — Ben quoi ! Ça s’entend.‖ Conservé dans ma cosse,Sec et mouillé, confit‖ de sel et de goudron,Et bon à replanter‖ comme à mettre au chaudron.Ayant tant navigué,‖ que j’ai la vague à l’âme.Mais la cendre de l’eau‖ n’a pas éteint la flamme,Et sous le vieux prélart‖ tanné par le poudrainLa poulie a sa graisse‖ et le câble son brin.Donc, comme un verre, ouvert ;‖ fermé comme une buire ;Cœur tendre à se détendre‖ et cuir de dur-à-cuire. —Et je fis bien souvent‖ des efforts superflusPour qu’il s’expliquât mieux,‖ je n’en eus rien de plus.Du reste, il méprisait‖ les terriens, jus de cancre.Quant à la terre : — Un vieux‖ ponton toujours à l’ancre,Une épave au rancart,‖ une huître à son rocher,Un cul prenant racine‖ au banc sans décrocher.Et votre air, ça qui sent‖ le renfermé ! Le nôtre,Ça vient de l’air et pas‖ de la gueule d’un autre.Pour respirer du frais,‖ du neuf et de l’entier,Et de première main,‖ vive le morutier !— Pourtant, là-bas, l’amorce‖ et la chair corrompue.Et la chambrée en tas,‖ il paraît que ça pue.— Ça pue ! Ah ! par exemple !‖ on en est embaumé.Humez-moi donc le poil.‖ De l’élixir de mé ! —Il fleurait le tabac,‖ le coltar, l’eau-de-vie,Le poisson rance. — Hé !‖ dit-il, ça fait envie.N’est-ce pas ? On en a‖ plein son nez, les plus creux.Voyez-vous, les marins,‖ n’y en a que pour eux ! —Et de rire. Il était‖ heureux, ce pauvre hère.Pourtant je connaissais‖ sa vie et sa misère.C’est un rude métier,‖ d’être Terre-neuvat !Et lui, qui l’avait fait‖ trente ans, disait : — Bon vat !Oui, dame ! on file ainsi‖ son nœud tant que ça dure.N’a du dur dans la douce‖ et du doux dans la dure ;Mais à force de quarts‖ on amène le jour.Ben sûr qu’à tout compter‖ n’a du contre et du pour.C’est selon la marée‖ et le fond qu’on rencontre.Des fois trop contre pour,‖ et des fois trop pour contre !En somme, plus suivé‖ qu’à terre, assurément,Sauf que, lorsqu’on a peine,‖ on n’a pas agrément,Et que, le boujaron‖ vidé, faut qu’on le rince.Puisqu’autant en arrive‖ au pelletas qu’au prince.Vas-y gaîment ! Si bien‖ qu’en attendant mon tourJe fais le pour du contre‖ et prends le contre en pour.

Versification

Forme
1 distiques (distiques)
Rimes
27((aa))
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
1 distiques
Mots à la rime
a lui / l’ennui masculine, classiqueb ampoules / poules féminine, classiquec œufs / cornemuseux masculine, classiqued grenouille / andouille féminine, classiquee Martin / l’tétin masculine, classiquef précoce / cosse féminine, classiqueg goudron / chaudron masculine, classiqueh l’âme / flamme féminine, classiquei poudrain / brin masculine, classiquej buire / dur-à-cuire féminine, classiquek superflus / plus masculine, classiquel cancre / l’ancre féminine, classiquem rocher / décrocher masculine, classiquen nôtre / autre féminine, classiqueo l’entier / morutier masculine, classiquep corrompue / pue féminine, classiqueq embaumé / mé masculine, classiquer l’eau-de-vie / envie féminine, classiques creux / eux masculine, classiquet hère / misère féminine, classiqueu Terre-neuvat / vat masculine, classiquev dure féminine, classiquew jour / pour masculine, classiquex rencontre / contre féminine, classiquey assurément / agrément masculine, classiquez rince / prince féminine, classiquea tour / pour masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

54 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La mer, Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894· numérisation wikisource.org· Sources