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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres, 1873· Premiers vers

Les assis

Arthur Rimbaud· strophes régulières, alexandrins, 44 vers

Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de baguesVertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,Le sinciput plaqué de hargnosités vaguesComme les floraisons lépreuses des vieux murs :

Ils ont greffé dans des amours épileptiquesLeur fantasque ossature aux grands squelettes noirsDe leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiquesS’entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

Et les Sièges leur ont des bontés : culottéeDe brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;L’âme des vieux soleils s’allume emmaillotéeDans ces tresses d’épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,S’écoutent clapoter des barcarolles tristes,Et leurs caboches vont dans des roulis d’amour.

Oh ! ne les faites pas lever ! C’est le naufrage…Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

Et vous les écoutez cognant leurs têtes chauvesAux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,Et leurs boutons d’habit sont des prunelles fauvesQui vous accrochent l’œil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue…Au retour, leur regard filtre ce venin noirQui charge l’œil souffrant de la chienne battue,Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,Ils songent à ceux-là qui les ont fait leverEt, de l’aurore au soir, des grappes d’amygdalesSous leurs mentons chétifs s’agitent à crever.

Quand l’austère sommeil a baissé leurs visières,Ils rêvent sur leurs bras de sièges fécondés,De vrais petits amours de chaises en lisièresPar lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

Des fleurs d’encre crachant des pollens en virgulesLes bercent, le long des calices accroupisTels qu’au fil de glaïeuls le vol des libellules,‒ Et leur membre s’agace à des barbes d’épis.

Versification

Forme
Strophes régulières
Rimes
8(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Mots à la rime
a bagues / vagues masculine, classiqueb fémurs / murs féminine, classiquea épileptiques / rachitiques masculine, classiqueb noirs / soirs féminine, classiquea sièges / neiges masculine, non classiqueb peau / crapaud féminine, classiquea culottée / emmaillotée masculine, classiqueb reins / grains féminine, classiquea pianistes / tristes masculine, classiqueb tambour / d’amour féminine, classiquea naufrage / rage masculine, classiqueb giflés / boursouflés féminine, classiquea chauves / fauves masculine, classiqueb tors / corridors féminine, classiquea tue / battue masculine, classiqueb noir / entonnoir féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1912· numérisation Project Gutenberg· Sources