Œuvres, 1873· Premiers vers
Les effarés
Noirs dans la neige et dans la brume,Au grand soupirail qui s’allume,Leurs culs en rond,
À genoux, cinq petits ‒ misère ! ‒Regardent le Boulanger faireLe lourd pain blond.
Ils voient le fort bras blanc qui tourneLa pâte grise et qui l’enfourneDans un trou clair.
Ils écoutent le bon pain cuire,Le Boulanger au gras sourireGrogne un vieil air.
Ils sont blottis, pas un ne bougeAu souffle du soupirail rougeChaud comme un sein.
Quand, pour quelque médianoche,Façonné comme une briocheOn sort le pain,
Quand, sous les poutres enfumées,Chantent les croûtes parfuméesEt les grillons,
Que ce trou chaud souffle la vie,Ils ont leur âme si ravieSous leurs haillons,
Ils se ressentent si bien vivre,Les pauvres Jésus pleins de givre,Qu’ils sont là tous
Collant leurs petits museaux rosesAu treillage, grognant des chosesEntre les trous,
Tout bêtes, faisant leurs prièresEt repliés vers ces lumièresDu ciel rouvert,
Si fort, qu’ils crèvent leur culotteEt que leur chemise trembloteAu vent d’hiver.
Versification
- Forme
- Strophes régulières
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Mots à la rime
- a brume / rond féminine, classiqueb s’allume / misère masculine, classiqueb faire / tourne féminine, classiquec blond / l’enfourne masculine, classiquec clair / sourire féminine, classiquea cuire / air masculine, équivalentea bouge / sein féminine, classiqueb rouge / médianoche masculine, classiqueb brioche / enfumées féminine, non classiquec pain / parfumées masculine, classiquec grillons / ravie féminine, classiquea vie / haillons masculine, classiquea vivre / tous féminine, classiqueb givre / roses masculine, classiqueb choses / prières féminine, classiquec trous / lumières masculine, classiquec rouvert / tremblote féminine, classiquea culotte / d’hiver masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres, Paris, MERCURE DE FRANCE, 1912· numérisation Project Gutenberg· Sources