Le chemin de l’oubli, 1904
Chambre d’Auberge
JE veux qu’à ton réveil tout l’air pur du matinAvive de fraîcheur ta tête reposée,Et que l’aube imprévue entrant par la croiséeS’épanouisse en toi comme aux fleurs du jardin.
Tes cheveux, rajeunis à la douceur premièreDes frissons odorants qui s’éveillent en eux,Comme l’herbe au soleil, souples et lumineux.S’empliront de parfums, de brise et de lumière.
Tu te soulèveras gaîment, les yeux surprisDes reflets inconnus qui dorent ton visage,Pour voir toujours plus loin dans le clair paysageLa campagne ondoyante et les vergers fleuris.
Nous aurons sonné tard à la petite auberge,Lassés d’un long chemin sous les arbres obscurs,Et tu découvriras la chaux blanche des murs.Les deux chaises de paille et les rideaux de serge :
N’importe ! je sais bien que, d’un sourire ami.Tu les remercieras, toutes ces humbles choses…Penché sur ton bonheur, j’effeuillerai des rosesDans le lit tiède encore où nous aurons dormi.
Tu ne sentiras point d’arrière-lassitude ;Dès l’aube et jusqu’au soir, nous aurons tout un jourA passer longuement du sommeil à l’amour :Nous serons seuls tous deux en toute solitude.
Et, dans un brusque oubli des gestes hésitants,Comme un enfant rieur tu voudras être nue.Pour mieux faire à ton corps une offrande ingénueDe toute cette aurore et de tout ce printemps.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources