Le chemin de l’oubli, 1904
Possession
QUELQUEFOIS, je t’attends, le front contre ma porteJ’accueille en moi, de loin, ton parfum qui m’apporteLe bonheur éternel de t’aimer, ce jour-là ;Je ne me souviens plus que mon espoir trembla ;J’écoute avidement ton pas qui nous rapproche ;J’apaise en moi le mal que mon cœur te reproche,Aux soirs de solitude et de regrets jaloux…Notre premier baiser nous réfugie en nous ;Tout notre amour joyeux sur nos lèvres abonde ;Lointaine autour de nous, la chambre est tout un mondeOù la rumeur du jour en murmure affaibliNous berce, un monde heureux d’étreintes et d’oubli.Où notre isolement se rassure et s’enivre.Ton âme prisonnière, ardemment, se délivre ;Un visage nouveau se dégage du tien ;Tes regards sont en fleurs ; nous ne savons plus rienQu’un espoir infini de rester bouche à bouche ;Ton corps frémit déjà sous ma main qui le touche,Et, tendre, s’abandonne et, si près du plaisir.Hâte en se blottissant notre premier désir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources