Le chemin de l’oubli, 1904
Dernier Départ
Ne me console pas. Je fermerai les yeux ;Tu t’en iras, d’un lent départ silencieux :Je t’imaginerai dans l’ombre encore assise,Et je ne saurai pas la minute précise.Nous nous serons quittés ainsi que chaque jour,Hélas ! et tant d’adieux ont tué notre amour…Et puis tu seras loin, pour toujours disparue,Grave et songeant peut-être, au détour de la rue,Combien notre passé fut joyeux d’avenir !Tu sentiras comme une main te retenirEt tu croiras, plaintive, entendre une prièreQui te fera parfois regarder en arrière.Ne crains rien : mon amour, né triste et malchanceux,Toujours croyant, toujours dupé, n’est pas de ceuxQue l’on traîne après soi, comme une ombre obstinée.Je ne me plaindrai pas… Reprends ta destinée.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources