Le chemin de l’oubli, 1904
Il était une fois…
Il était une fois un poète, un rêveur,Qui ne savait jamais que faire de son cœur.
On voulait bien de ses baisers, de son sourire :Quand il aimait, on laissait faire, on laissait dire ;
Les femmes se plaisaient au passe-temps légerDe le voir, chaque fois, se prendre et s’engager.
Elles aimaient en lui des mots et des caressesEt des larmes, qui font heureuses les maîtresses :
Aussi toutes, gaiement, se donnaient à loisirTout le temps passager d’effeuiller leur désir.
Lui cependant, plaintif et tendre, aux genoux d’elles,Se caressait d’espoirs crédules et fidèles ;
Et toujours il était celui des deux amantsQui croit à la douceur de ses propres serments.
Toujours on lui rendait son cœur, avec prièreDe ne plus désormais regarder en arrière,
Et, quand on avait pris le temps de se guérir,On lui disait : « Voyons, il ne faut pas souffrir ! »
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources