Le chemin de l’oubli, 1904
Larmes
Une larme, une larme encore…Du fond de mon cœur anxieux,Lentement, je vous sens éclore,O douces larmes, fleurs des yeux !
Vous montez lourdes et pressées,Et voici que monte avec vousTout un flot de choses passéesAu murmure puissant et doux.
Loin, très loin, dans l’ombre j’écoute :Mes souvenirs sont en chemin ;L’un poussant l’autre, goutte à goutteIls tombent et brûlent ma main.
Coulez toutes, anciennes larmes !Je vous accueille sans remords,Derniers regrets, suprêmes charmesDes bonheurs fragiles — et morts !
Vous êtes tout ce qui persisteDu rêveur tendre que je fus…Quittez pour toujours ma chair triste.Pleurs attardés, soupirs confus !
Survivantes de mes alarmes,Reliques d’un lointain émoi,Je sens avec vous, douces larmes,Tout le passé sortir de moi.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources