Le chemin de l’oubli, 1904
Tendresse
Toi dont les yeux toujours brillent de flammes gaies,Je t’aime plus qu’une autre, aux heures fatiguéesOù mon rêve s’attarde, au loin, dans un passéDe somnolence morne et de plaisir lassé.O petite maîtresse heureuse, qui t’éveillesA l’amour, dont le cœur est peuplé de merveilles.Dont tous les gestes sont ingénus et charmants,Dont le rire sonore est fait d’étonnements,Tu ne demandes rien, tu n’as pas de reproche.Et tu demeures là dans l’ombre, toute procheDe plus en plus, — dans l’ombre où ton corps s’enhardit,Rougissante parfois d’un mot que tu m’as dit…O petite maîtresse heureuse, obscure et tendre,Qui te penches sur moi, toujours prête à répandreSur mon front, sur ma bouche et sur mes yeux distraitsL’eau pure de tes bras délicieux et frais.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources