Le chemin de l’oubli, 1904
Premiers Baisers
ELLE m’a dit : « Je veux que tu m’aimes, je veux… »Son visage adouci riait dans ses cheveuxQu’elle avait dénoués sur son épaule nue…Elle avait dans les yeux cette grâce ingénue,Cette espiègle gaîté des premiers rendez-vous ;Et tous les deux, sans être inquiets ni jaloux,Nous regardions ma main reposer dans les siennes,Et nous nous racontions nos âmes anciennes.Indulgents l’un à l’autre, avec la volontéDe nous connaître tels que nous avions été.Légers et confiants, nous sentions nos penséesQuitter soudain le poids des tristesses passées ;Nous ne savions plus rien ; nous étions deux enfants,Avec des rires purs et des yeux triomphants,Rajeunis d’une joie inattendue et claire,Fiers d’être l’un à l’autre et contents de nous plaire.L’amour n’était pour nous, au loin, dans l’avenir.Qu’un éternel bonheur quotidien d’unirNos lèvres et peut-être, un jour, plus tard, nos vies !Tout s’égayait pour nous de caresses ravies…Elle m’a dit : « Je veux que tu m’aimes… » Et moi.J’ai pu la regarder, l’entendre, sans effroi !
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de André rivoire, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1909· numérisation archive.org· Sources